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Avignon : début du procès d'une mère de famille nombreuse qui avait congelé deux de ses bébés

[AFP]

Aurélie S., mère au foyer quadragénaire, sera jugée à partir de jeudi par la Cour d'assises du Vaucluse pour homicide. Cette dernière a placé deux de ses nourrissons dans son congélateur. 

Elle avait placé deux nourrissons, nés à un an d'intervalle environ, dans son congélateur : Aurélie S., mère au foyer quadragénaire, sera jugée à partir de jeudi par la Cour d'assises du Vaucluse pour homicide.

C'est un ami de sa fille cadette, alors âgée de 16 ans, qui avait appelé la police, après que la jeune fille lui avait confié qu'un bébé se trouvait dans le congélateur. En perquisitionnant la maison de Mme S. et ses trois filles à Bédoin, près du Mont-Ventoux, les gendarmes avaient découvert, deux nouveaux nés de sexe féminin enveloppés dans un sac de courses, un drap beige et une couverture rose.

Les constatations des médecins légistes ont révélé que le premier, né en mars 2018, avait vécu quelques jours et avait été nourri avant de décéder des suites d'un traumatisme crânien. Le deuxième nourrisson est mort très peu de temps après l'accouchement, selon l'autopsie, du fait d'une absence de soins à la naissance, et notamment que son cordon ombilical n'a pas été sectionné.

Tout au long de l'enquête, assure son avocate Me Charlotte Brès à l'AFP, la mère "n'a pas changé de version" et nie toute intention infanticide : "le premier bébé est mort d'une chute dans les escaliers et le deuxième des suites d'un accouchement difficile, puisqu'elle avait fait un déni total de grossesse". Aurélie S., qui a eu sept grossesses en tout, dont un accouchement sous X et un avortement, avait un suivi médical très erratique, voire inexistant pour certaines de ses grossesses.

Elle voulait "Les garder près d'elle"

Concernant le premier bébé mort, sa fille aînée a indiqué aux enquêteurs avoir assisté à l'accouchement, à domicile, et raconte que sa mère avait refusé d'appeler les pompiers.

L'accusée a expliqué avoir fait une chute dans l'escalier en rentrant de courses avec le bébé dans les bras, quelques jours après sa naissance. Quand elle avait vu que le bébé ne pleurait pas, et ne respirait plus, elle l'avait mis au congélateur, et dit à ses filles qu'elle l'avait "donné à l'adoption".

Pour le deuxième bébé, elle a assuré ignorer totalement sa grossesse et avoir accouché un soir sur son canapé, toute seule. Un accouchement "difficile", avec "beaucoup de sang", selon ses mots. Sans expliquer pourquoi elle n'avait pas appelé les secours cette fois encore, elle a avoué avoir emmené le petit corps inanimé dans la buanderie, avant de le placer dans le congélateur, aux côtés du premier.

Relations amoureuses chaotiques

A 44 ans aujourd'hui, Aurélie S. ne s'explique pas son geste. Elle a dit aux enquêteurs avoir voulu "une sépulture" pour ses bébés, qu'elle appelle "les poupées". "Sa seule explication c'est qu'elle voulait les garder près d'elle", poursuit son avocate, "elle a dit 'je n'allais pas les donner aux cochons du Mont Ventoux'". Elevée dans une famille "aimante" à l'éducation religieuse, et stricte, Aurélie S. a confié lors des expertises psychiatriques avoir été violée par un cousin quand elle était petite, puis avoir toujours vécu des relations amoureuses chaotiques, voire violentes.

Me Jean-Marc Geiger, qui représente le père et une partie de la famille du premier nourrisson mort, suite à une fracture du crâne, dénonce une femme qui "ne reconnait rien du tout". "Elle parle d'une mort accidentelle, elle a menti absolument sur tout", insiste-t-il auprès de l'AFP.

L'avocate des trois filles de Mme S., qui sont partie civile et dénoncent des violences à leur encontre, assure que ce dossier ne ressemble pas à d'autres affaires similaires car "elles ne viennent pas en soutien de leur mère, avec qui le lien est rompu". Selon Me Delphine Galan Daymon, les trois filles "sont aussi concernées par les faits de nature criminelle". Le procès à Avignon est prévu jusqu'au 27 mars.