Après l'attaque mortelle de Trappes, dans les Yvelines, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a dénoncé lundi un "attentat terroriste raciste". Malgré la suspension de la garde à vue du suspect pour raisons psychiatriques, il estime que cet élément ne change rien à la nature des faits. Des rassemblements sont prévus dans plusieurs villes de France pour dénoncer la haine raciste.
Le suspect de l'attaque mortelle dans les Yvelines "a agi pour tuer des personnes (...) d'origine étrangère" et la suspension de sa garde à vue pour raisons psychiatriques "ne change rien (...) au fait (que ce) soit un attentat terroriste, raciste", a estimé lundi le ministre de l'Intérieur.
"Ce qui s'est passé à Trappes, c'est très grave. C'est un attentat terroriste raciste. L'auteur a agi pour tuer des personnes qui, à ses yeux, n'avaient pas à s'intégrer au sein de la société française parce qu'elles étaient simplement d'origine étrangère", a dénoncé Laurent Nuñez sur RMC/BFMTV.
Le suspect "était mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça", a-t-il considéré.
Présence de cannabis et de cocaïne
Kévin T., 39 ans, a tué une personne, Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d'origine africaine, et en a gravement blessé cinq autres vendredi dans les Yvelines, dont au moins quatre portaient des noms à consonance africaine ou maghrébine, selon une source policière.
Sa garde à vue a été suspendue et il a été conduit à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris, a annoncé dimanche le parquet national antiterroriste (Pnat).
L'homme suit un traitement médical pour schizophrénie, selon une source proche de l'enquête. Les analyses sanguines ont également révélé la présence de cannabis et de cocaïne, d'après le Pnat.
La famille de la victime s'est étonnée, par la voix de son avocat, Yassine Bouzrou, de l'admission du suspect en soins psychiatriques, estimant que, dans la pratique, ces cas sont "très rares".
"On ne cherche pas à minimiser"
Lever une garde à vue pour des raisons psychiatriques, "ce n'est pas rare, ça arrive assez souvent, y compris sur des actes de terrorisme islamiste", et "ça ne change rien à la gravité de l'acte, au fait (que ce) soit un attentat terroriste, raciste", a répondu le ministre. "On ne cherche pas à minimiser."
Me Bouzrou s'est également interrogé sur le suivi du suspect par les autorités, le décrivant comme "détenteur d'armes de guerre" et "déjà connu des services de police et de la justice". Il n'exclut pas de "rechercher toute responsabilité administrative".
"Il semblerait, je suis très prudent, que cet individu soit passé à l'acte sans qu'il y ait eu de signe annonciateur qu'il appartenait" à l'ultradroite, a avancé Laurent Nuñez, pour qui "un attentat comme ça, c'est classé ultradroite".
Des profils inquiétants
Kévin T. "n'était pas connu des services" de renseignement, "ce qui arrive malheureusement dans beaucoup d'attentats terroristes", parce que "il y en a qui passent à l'acte subitement", a indiqué le ministre.
"Ce(s) type(s) de profil(s) sont ceux qui nous inquiètent le plus", a-t-il poursuivi, évoquant "des individus un peu isolés, qui sont nourris d'idéologie raciste, qui s'abreuvent des discours ambiants et qui soudainement passent à l'action", ce qui est "le plus difficile à détecter", selon lui.
Des rassemblements sont prévus lundi en France à l'appel de plusieurs associations et syndicats, en soutien aux victimes et pour "dénoncer la banalisation de la haine raciste".