Les contrôles vont être renforcés aux frontières franco-espagnole et franco-italienne, annonce le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez ce mardi, après une réunion de crise avec ses homologues européens. Celle-ci se tenait après l'important afflux de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, au Maroc.
Après l'arrivée de 72.000 migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta - dont 70.000 seraient retournés au Maroc selon Madrid - les ministres de l'Intérieur des 27 pays membres de l'UE se réunissaient ce mardi en visioconférence. Représentant la France, Laurent Nuñez a indiqué que les contrôles aux frontières avec l'Italie et l'Espagne seraient renforcés.
Il a également été "convenu" que l'espace Schengen n'était pas "le problème", selon le ministre français qui regrette, par ailleurs, les "dissensions" apparues au sein de l'UE après cette crise "puisqu'un certain nombre de pays qui pratiquent l'ingérence étrangère (...) savent utiliser les positions divergentes des uns et des autres pour finalement attaquer l'Union européenne".
"Profonde solidarité envers l'Espagne"
Durant cet appel, qui a duré plus de trois heures", les Etats membres "ont unanimement exprimé leur profonde solidarité envers l'Espagne", selon un premier compte rendu de la réunion. Ils ont toutefois souligné que la communication en période de crise "pourrait être améliorée" et "qu'elle devait être plus cohérente". Une façon feutrée, en langage diplomatique, de souligner que la coordination européenne sur ce dossier a été loin d'être optimale
Depuis la diffusion d'images de migrants franchissant illégalement la frontière hispano-marocaine à pied ou à la nage, deux camps s'opposent. D'un côté l'Espagne. De l'autre, les Etats de l'UE partisans d'une ligne migratoire très ferme, comme l'Italie ou le Danemark. Ces pays ont dans la foulée exigé d'exclure l'Espagne de l'espace Schengen, la zone de libre circulation en Europe. Une demande politiquement explosive, juridiquement impossible au regard du droit européen, et qui a suscité l'ire de Madrid, d'autant que la ville autonome de Ceuta n'appartient pas, par dérogation, à cet espace.
Pedro Sanchez critique l'attitude "égoïste" de certains pays de l'UE
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, a répliqué par une lettre adressée aux chefs des institutions européennes. Dans cette missive, le leader espagnol a vertement critiqué l'attitude "égoïste" de ces pays de l'UE, et a réclamé cette réunion d'urgence à 27.
Quelques heures plus tard, contre-missive de 22 pays, emmenés par l'Italie, le Danemark, l'Allemagne ou la Hongrie, appelant eux aussi à une visioconférence d'urgence. Mais avec un objectif bien différent : continuer à défendre leur ligne de fermeté sur l'immigration. La France ne s'est pas associée à cette initiative, estimant qu'elle revenait à instrumentaliser la situation dans l'enclave espagnole. Tout en soulignant que l'immense majorité des migrants ayant franchi la frontière avaient déjà été reconduits au Maroc.