Aller au contenu principal
Actuellement à l'antenne

IA : le Français Mistral peut-il devenir le fer de lance de la souveraineté européenne ?

Alors que l'administration Trump a coupé les modèles Fable 5 et Mythos 5 d'Anthropic, le Français Mistral est en train de négocier une levée de fonds de 3 milliards d'euros pour doter l'Europe d'infrastructures et réduire la dépendance américaine. De là à dire que Mistral peut devenir le champion de la souveraineté européenne de l'IA ?

Un mastodonte en devenir ? Le 12 juin dernier, jour de la très médiatique et discutée coupure de Fable 5 et Mythos 5 sur ordre de l'administration Trump, Bloomberg révélait que le Français Mistral était en négociations très avancées pour lever 3 milliards d'euros. Objectif : bâtir des infrastructures européennes d'intelligence artificielle. 

Une dépendance extrême aux Etats-Unis

Une tâche loin d'être aisée puisqu'environ 90% de la puissance de calcul mondiale, le "compute", utilisée par l'IA d'entreprise est américaine. Sans oublier que la Direction générale des réseaux de communication de l’UE (DG CONNECT) estime qu'"environ 80% des infrastructures numériques et de la technologie en Europe provient de l'extérieur de l'UE"

La dépendance du Vieux Continent est donc très importante et le séisme du "kill switch" de Fable 5 relance le débat sur la souveraineté européenne. Alors pour renverser la vapeur, Mistral voit les choses en grand avec des data centers en France ou en Suède, mais également une capacité de production de 1 gigawatt d'ici à 2030. 

La "bonne approche" de Mistral

"Il est en train de faire le pari de devenir "l'hyperscaler européen" [le référent spécialisé dans la fourniture de grandes quantités de puissance de calcul et de capacité de stockage, ndlr], analyse Ghislain de Pierrefeu, partner dans le cabinet de conseil Wavestone, en charge des activités IA et valorisation des données.

Mistral veut aller beaucoup plus loin que de fournir l'intelligence artificielle, et contrôler "une bonne partie de la chaîne de valeur". Une "bonne approche", a fortiori lorsque l'on sait que c'est la "capacité hardware (l'infrastructure) et middleware (les couches intermédiaires) qui font la différence" dans le choix d'un service, et non la puissance du LLM (le modèle de langage), avance Ghislain de Pierrefeu.

Concrètement, les infrastructures pèsent plus que le reste. D'autant que l'on "n'a pas toujours besoin du dernier modèle d'IA pour faire un compte-rendu de réunion", glisse-t-il.

La guerre des services aux entreprises

Reste que Mistral n'a aucune chance de se battre à armes égales avec OpenAI, qui a investi 30 milliards, soit plus que la valorisation totale de Mistral, rien qu'en 2025... Mais ce ne sont pas les ChatGPT et autre Gemini que le tricolore veut concurrencer, "il veut devenir crédible sur le marché européen".

"Il y a la guerre du grand public et de l'interface naturelle utilisée par les gens pour chercher de l'information, pour accéder à la connaissance, qui oppose plutôt Google et OpenAI. Et puis il y a une guerre des services aux entreprises." Et c'est précisément sur ce terrain, où la question de la "souveraineté devient prégnante", que Mistral peut se battre. 

Un champ de bataille loin d'être anecdotique : "Le pendant avec le détroit d'Ormuz est assez parlant, c'est-à-dire qu'on voit qu'en maîtrisant une partie clé d'une chaîne de valeur on peut mettre le monde à terre. Et donc est-ce qu'on fait avec l'IA ce qu'on a fait avec le pétrole ?", demande l'expert. 

Une philosophie européenne

Une réponse qui coule de source pour Ghislain de Pierrefeu, "l'IA devient une matière vitale et donc il faut être capable de créer sa propre intelligence artificielle et de la maîtriser". 

Et si l'expert pointe que l'utilisation des hyperscalers américains "va continuer", "on va néanmoins devoir capitaliser, notamment pour tous les opérateurs d'infrastructures vitales, tous les services un peu critiques (banque, santé, etc.). On va devoir construire des couloirs de nage a minima un peu plus continentaux dans lesquels on maîtrise la façon dont on crée et on consomme de l'intelligence."

D'autant que l'Europe a un avantage en la matière, sa philosophie. "Là où les États-Unis sont très orientés pub et la Chine vers la surveillance", le Vieux Continent veut "créer de la valeur en protégeant les utilisateurs". Une voie "peut-être un peu utopique, mais qui est intéressante à suivre".