Plusieurs études viennent contredire d'anciens articles affirmant que l'intelligence artificielle est responsable de la hausse du chômage chez les jeunes. Il apparaît en réalité que le télétravail se révèle être beaucoup plus destructeur pour l'emploi des juniors que l'IA. En cause, la difficulté à former et encadrer ces profils.
Mauvais diagnostic ? Alors que l'intelligence artificielle n'en finit plus de révolutionner notre quotidien, les inquiétudes sont nombreuses, notamment en ce qui concerne le monde du travail. Et les États-Unis, où on observe une hausse du chômage des jeunes, n'échappent pas à la règle. Et si personne ne conteste la conséquence, c'est une autre paire de manche pour les causes.
Le télétravail (beaucoup) plus destructeur que l'IA
Comme le rappelle BFMTV, une étude des chercheurs de Stanford avait attribué en août 2025 cette difficulté des jeunes à s'insérer sur le marché du travail à l'intelligence artificielle, arguant que les métiers juniors sont très exposés à l'automatisation de l'IA dans certains secteurs.
Qu'il s'agisse du service client, du développement de logiciel ou encore du support administratif, cette étude pointe une baisse du volume d'offre d'emplois juniors de 13% entre 2022 et 2025.
Le coupable semble donc tout trouver, l'intelligence artificielle. Et si on ajoute le principe de destruction créatrice de Schumpeter... Le cas semble résolu. Sauf qu'il n'en est peut-être rien.
De nouveaux travaux viennent renverser la table avec de solides arguments. Le premier est un article de la Fed, la réserve fédérale américaine. Natalia Emanuel, Emma Harrington et Amanda Pallais ont écarté le principal suspect en comparant les postes télétravaillables et ceux qui ne le sont pas.
+64% de CHÔMAGE chez les jeunes
Et le constat est sans appel. Oui, le chômage a augmenté chez les jeunes sur les postes à distance, mais pas pour ceux en présentiel (hormis pendant la pandémie). La Fed va même plus loin et estime que "le télétravail peut expliquer 64% de l'augmentation du chômage chez tous les jeunes diplômés entre 2017-2019 et 2022-2024".
Pourquoi ? Le travail à distance réduit la capacité des entreprises à former et encadrer les jeunes recrues, explique cette étude. Les juniors, qui ont besoin par définition d'un encadrement plus important, sont donc moins attractifs à l’embauche par rapport à des profils expérimentés.
Des jeunes plus difficiles à former à distance
Une problématique qui n'existe pas sur les postes en présentiels, puisque ces mêmes jeunes peuvent être plus facilement encadrés par des vétérans, et avoir des retours plus fréquents. "Lorsque les individus travaillent à proximité de leurs collègues, ils reçoivent davantage de retours sur leur production et bénéficient d'un meilleur accompagnement", détaille l'étude.
Une théorie corroborée par une autre étude, cette fois-ci par deux chercheurs, qui ont mis en évidence que les postes exposés à l'IA sont souvent télétravaillables... Dès lors, il n'est pas possible d'accuser seulement l'intelligence artificielle.
D'autant ces deux chercheurs ont également mis en avant que la plupart des travaux sur le sujet évoque une baisse de l'emploi des jeunes à partir de la fin 2022. Or, l'arrivée de l'intelligence artificielle date... de 2023.
Sans oublier qu'en retirant les postes en télétravail, et en se concentrant donc uniquement sur les emplois en présentiels et ouverts à l'IA, la baisse des recrutements de profils juniors est bien moindre.
Tout porte donc à croire que c'est plus le distanciel que l'intelligence artificielle qui augmente la part des chômeurs parmi les jeunes qui souhaitent entrer sur le marché du travail.