Après le scandale de l'affaire Lyhanna, policiers et magistrats ont engagé le réexamen de 70.000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. Une mobilisation sans précédent voulue par la Chancellerie, qui suscite néanmoins l'inquiétude des enquêteurs. Faute d'effectifs suffisants, certains redoutent que cette priorité absolue se fasse au détriment d'autres dossiers sensibles, du narcotrafic aux violences intrafamiliales.
Pendant que les juges et les policiers sont concentrés sur les affaires de viols et de pédophilie, les trafiquants de drogue peuvent souffler. Après le scandale de l'affaire Lyhanna, les enquêteurs et les parquets ont commencé leur travail de réexamen des 70.000 plaintes visant des affaires sexuelles sur mineurs. Un travail colossal.
Le ministre de la Justice, Laurent Nuñez, a par ailleurs envoyé une circulaire pour ériger en priorité absolue les plaintes pour pédo-criminalité. Quelles incidences sur les autres affaires ? La chaîne pénale peut-elle supporter plusieurs priorités ? Les enquêteurs sont dubitatifs.
"Obligatoirement, des enquêtes en cours vont être délaissées"
Ils sont d'ailleurs nombreux à s'inquiéter pour leurs dossiers en cours. Certains risquent de pâtir de cette nouvelle priorité absolue ordonnée par la Chancellerie. Face aux innombrables procédures concernant les narcotrafiquants, il faudra nécessairement faire des choix, comme l’explique Rudy Manna, délégué national UNSA Police.
"À moins qu'on arrive à recruter 2000 enquêteurs en un week-end, ce que je ne pense pas possible, évidemment qu'on va demander à des enquêteurs d'autres unités de venir prêter main-forte aux enquêteurs qui gèrent ces affaires de violences sexuelles, violences sur les mineurs. Obligatoirement, des enquêtes en cours vont être délaissées. Irrémédiablement, on va mettre de côté des enquêtes en cours sur d'autres dossiers, probablement dans le narcotrafic ou encore sur des cambriolages", insiste-t-il.
"Entre les violences intrafamiliales et les dealers, il faut choisir", regrette un commissaire de police qui reconnaît volontiers ne pas être en mesure d’affronter en même temps ces deux contentieux de masse.