Une enfant d'à peine 21 mois a été récupérée ivre par ses parents après une journée passée à la crèche. Alors que l'enquête est toujours en cours, différentes pistes peuvent être suivies par les médecins.
Le 17 mars dernier, Nicolas, jeune papa, est appelé en urgence par la crèche des Petits Gaulois, dans le village de Plailly dans l'Oise : sa fille n'arrive plus à tenir debout. Conduite à l'hôpital, les médecins l'assurent : la petite Jeanne présente un taux d'alcoolémie de 2.14g dans le sang, comme le relate Le Parisien.
Deux mois plus tard, alors qu'une enquête est ouverte, les parents restent toujours sans réponse. Mais alors comme un enfant de cet âge peut-il être ivre après une journée passée à la crèche ?
Ingestion par mégarde
La première piste envisagée par les médecins est celle du syndrome de fermentation intestinale, dit "d'auto-brasseur". Une pathologie extrêmement rare qui veut que certaines personnes auto-produisent de l'alcool dans leur organisme. Une hypothèse finalement écartée par les médecins des urgences pédiatriques après plusieurs analyses et qui aurait étonné le Dr Levavasseur.
Cheffe du service pédiatrie au centre hospitalier du Belvedere en Seine-Maritime, elle assure que "les doses présentées par l'enfant sont bien trop importantes pour que ce soit ça". Selon elle, la victime a sûrement du absorber de l'alcool par mégarde. Et pour cause, "un enfant par définition c'est tout petit, donc l'alcool se dilue très vite dans le sang".
Or, "on peut avoir de l'alcool dans certains sirops, dans des parfums...". Et pour que l'acool pénètre dans le sang, il n'est pas nécessaire de l'avaler comme l'explique le Dr Levavasseur. La pédiatre se souvient d'un patient qui "présentait 2-3g d'alcool", car son frère l'avait aspergé du parfum de leur mère "pour qu'il sente bon".
La cheffe de service n'exclut donc pas que la petite Jeanne ait pu ingérer de l'alcool par mégarde en trompant la surveillance du personnel de crèche ; mais reste prudente n'étant pas rattachée au dossier.
Surveillance négligée ou geste volontaire
La piste de l'imprudence du personnel de la crèche est également soulevée par le Dr Boctor. Pédiatre et présidente du syndicat des jeunes médecins, elle appuie que le manque de vigilance menant à l'intoxication involontaire de l'enfant est "de la négligence". Et si ce n'est pas cela, alors "c'est une intoxication volontaire".
Selon elle, dans le climat actuel "nous savons très bien qu'il y a des enfants qui sont maltraités en crèche, il est donc normal que la première piste évoquée soit l'intoxication". "Ça peut être de l'alcool la boisson ou de l'alcool par exemple à 90° pour désinfecter les plaies. Seulement l'alcool à 90° on ne l'utilise plus, on prend des produits avec des teneurs en alcool très faibles. Il serait donc inquiétant que dans une crèche, une enfant ait accès à l'un ou l'autre", appuie la pédiatre.
Le Dr Boctor appelle donc aujourd'hui à une prise de conscience général sur "ce problème sociétal où des gens se font de l'argent sur la détresse de parents qui cherchent à faire garder leurs enfants, afin de pouvoir travailler".
Pour l'heure, "les investigations se poursuivent" et "aucune piste n'est écartée", a indiqué le parquet de Senlis ce jeudi. De son côté, le groupe en charge de la crèche assure "collaborer pleinement" avec les autorités pour faire toute la lumière sur cette affaire. La crèche, elle, devrait rouvrir ses portes dans le courant du mois de juin.