L'écrasante majorité des livreurs de repas en France ne sont pas Français. Certains ne disposent même pas d'un titre de séjour légal. Ces travailleurs exercent dans une grande précarité, exploités par des plateformes. Europe 1 est allé à leur rencontre dans les rues de Paris.
98% des livreurs de repas en France ne sont pas Français et six livreurs sur dix ne disposent même pas d'un titre de séjour. Et pourtant ils n'ont pas d'autre choix que de se plier aux règles des plateformes comme Uber Eats et Deliveroo, toutes deux visées par une plainte pour traite d'êtres humains. Les associations de livreurs parlent même d'esclavage moderne.
Contournement du système
Sur son vélo, un jeune homme, qui préfère rester anonyme, reçoit une notification pour une livraison. "On te donne 4 km à 4,50 euros", explique-t-il. Une course peu chère payée, mais il l'accepte. "On travaille sept jours sur sept pour gagner 400 balles, c'est dur. Nous sommes des machines à fric pour eux", détaille-t-il.
Depuis plus de trois ans, il livre pour Uber Eats. Il est en situation irrégulière, alors il doit contourner le système. "J'ai loué le compte et je paye 100 euros par semaine à la propriétaire du compte. Je n'ai pas le choix", raconte-t-il.
"C'est la seule solution quand tu n'as pas de papiers"
Le choix est réduit également pour un autre livreur arrivé du Bangladesh. En situation irrégulière, il loue aussi son profil Uber Eats contre 30% de son chiffre d'affaires. "Je suis fleuriste, mais je n'ai pas de papier, donc je ne peux pas travailler. C'est la seule solution quand tu n'as pas de papier, tu dois travailler comme ça".
Parfois, la plateforme fait un contrôle d'identité qui reste facile à tromper. "Quand ils vérifient le profil, je dois rejoindre celui qui me le loue pour le prendre en photo". Il repart sur son vélo avec sa glacière chargée de pizzas. Il espère gagner une centaine d'euros. Seulement 70 euros iront dans sa poche et 30 euros pour la personne à qui il loue le compte.