L'ancien président birman Win Myint, emprisonné depuis le coup d'Etat militaire de 2021, a été libéré ce vendredi 17 avril dans le cadre d'une amnistie. Celle-ci annule également toutes les condamnations à mort, l'une des premières mesures comme président de l'ex-chef de la junte Min Aung Hlaing.
Win Myint, l'ancien président de la Birmanie arrêté après le coup d'Etat de 2021, va bénéficier d'une amnistie et être libéré de prison. Il en va de même pour toutes les condamnations à mort, qui ont été annulées. 4.300 autres prisonniers seront aussi libérés.
Aung San Suu Kyi toujours détenue
Célébré toute la semaine, le Nouvel An birman, Thingyan, est marqué par des aspersions d'eau massives symbolisant le renouveau et la purification des péchés. Il est traditionnellement l'occasion de larges amnisties et celle de cette année était très attendue dans un contexte de transition à la tête du pays.
Une semaine après avoir prêté serment en tant que président à l'issue d'un processus électoral décrié à l'étranger, Min Aung Hlaing a notamment fait un geste envers celui qui occupait précédemment le poste.
Win Myint avait pris la présidence en 2018, un rôle alors essentiellement symbolique derrière la cheffe du gouvernement et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui est elle toujours détenue depuis le coup d'Etat.
Il a rejoint la maison de sa fille dans la capitale, Naypyidaw, et est en "bonne santé", a indiqué à l'AFP le porte-parole de son parti, aujourd'hui dissous, la Ligue nationale pour la démocratie.
Cette grâce s'inscrit dans un effort de "reconstruction nationale", a fait savoir dans un communiqué le bureau de Min Aung Hlaing. Le dirigeant de 69 ans avait annoncé plus tôt dans la journée que toutes "les personnes purgeant des peines de mort verront leurs peines commuées en emprisonnement à vie".
130 prisonniers de nationalité étrangère libérés
Selon l'ONU, plus de 130 personnes, principalement des dissidents, ont été condamnées à mort après la prise de pouvoir de la junte, mais les chiffres précis sont difficiles à établir dans un pays au système judiciaire opaque, en proie à une guerre civile.
Plus de 4.300 prisonniers doivent par ailleurs être libérés, ainsi que près de 180 ressortissants étrangers, et toutes les peines inférieures à 40 ans doivent être réduites d'un sixième.
A l'extérieur de la prison d'Insein à Rangoun, des familles attendaient vendredi matin sous une chaleur écrasante de savoir si leurs proches feraient partie des graciés.
"Mon frère a été emprisonné pour des raisons politiques", a témoigné Aung Htet Naing, 38 ans. "Il n'a pas été inclus dans les grâces précédentes donc on ne veut pas nourrir trop d'espoirs".
La journaliste et réalisatrice de documentaires Shin Daewe est elle sortie de prison, plus de deux ans après avoir été condamnée à la perpétuité. Une peine ensuite réduite à 15 ans pour "complicité de terrorisme".
"La plus grande joie est de pouvoir retrouver ma famille", a-t-elle dit. "J'ai eu de la chance aujourd'hui. Mais ce n'est pas le cas de beaucoup de mes amis restés à l'intérieur".
Une réalisatrice libérée
Selon l'Association d'aide aux prisonniers politiques, plus de 30.000 personnes ont été emprisonnées pour des motifs politiques depuis le coup d'Etat de 2021.
Ce dernier a plongé la Birmanie dans une guerre civile, des militants pro-démocratie ayant pris les armes contre la junte, aux côtés de mouvements armés issus de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.
La prisonnière politique la plus célèbre du pays, Aung San Suu Kyi, purge toujours une peine de 27 ans dans un endroit tenu secret, mais la libération de l'ancien président Win Myint peut être vu comme un signe d'espoir.
Min Aung Hlaing a pris la présidence après des élections législatives dénoncées par de nombreux pays étrangers comme une manœuvre pour prolonger le régime militaire sous un déguisement civil.
Cette transition s'est accompagnée de reculs sur certaines mesures de répression, mises en place par la junte au cours des cinq dernières années.
Des gestes présentés comme une réconciliation, mais que des observateurs qualifient de mesures cosmétiques destinées à changer l'image du nouveau gouvernement, composé en majorité d'anciens militaires.