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Artémis II : pourquoi l'Homme n'a plus posé le pied sur la Lune depuis 1972 ?

Le lancement d'Artémis II, mercredi 1er avril 2026, depuis le site de lancement Kennedy en Floride. [Jim WATSON / AFP]

Près de 50 ans après Apollo 17, la Nasa a repris sa course à la Lune avec le programme Artémis II. Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour retourner vers le satellite naturel ?

Le 14 décembre 1972 marque le retour de la dernière mission Apollo. Dernier programme spatial à s'être rendu sur la Lune. Il a donc fallu attendre plus de 50 ans pour que l'Homme retourne dans l'orbite lunaire avec la mission Artémis II, lancée mercredi 1er avril. Mais pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps ?

Désintérêt, coût et robots

En 1972 lorsqu'Apollo 17 se lance en direction de la Lune, il est prévu que trois autres missions la suivent. Seulement, les contextes politiques et économiques ont raison du programme spatial. En pleine Guerre froide et guerre du Vietnam, les États-Unis ont les yeux rivés sur la Terre et ont besoin de toute la manne financière pour poursuivre leurs objectifs terrestres.

De plus, grâce au succès de la mission Apollo 11, entrée à jamais dans l'histoire trois ans plus tôt, les Américains ont gagné la course à l'espace. C'est ainsi que la sphère politique et le public se désintéressent du satellite naturel, pour se concentrer sur des préoccupations plus terre à terre. 

"Il faut noter aussi que les missions robotiques sont développées dans le même temps", appuie Patrick Michel, astrophysicien et directeur de recherche au CNRS. "A partir de là, on comprend que l'on peut se passer de l'Homme pour faire de la science". 

Un facteur qui présente un double avantage puisque cela nécessite un moindre coût et permet de regarder plus loin, comme en témoigne le programme Voyager. Lancé en 1977 et toujours actif, il a permis à ses deux sondes spatiales de recueillir de précieuses données sur les planètes les plus éloignées du système solaire, mais surtout de se rendre au-delà sans nécessité d'équipage humain. Le 25 août 2012, restera à jamais gravé comme le jour où la sonde Voyager 1 sortait du système solaire. Une première dans l'histoire de l'humanité. 

"Rien ne remplace un astronaute"

Seulement voila, "rien ne remplace un astronaute. Ils nous font rêver et on peut s'identifier à eux contrairement aux robots", appuie Patrick Michel. "C'est d'ailleurs pour cela qu'on a créé l'ISS", renchérit l'astrophysicien. Et pour cause, "envoyer des Hommes dans l'espace, politiquement ça motive les financements". 

La Station spatiale internationale accueille des astronautes depuis l'an 2000. Mais située "uniquement" à 400 km de la Terre - la distance Paris-Strasbourg - "ça fait des dizaines d'années que l'humain ne s'est pas aventuré plus loin. L'envie de grandeur est donc revenue petit à petit", explique le directeur de recherche au CNRS. Renforcée par la volonté de "pérenniser la présence humaine sur la Lune",  les programmes lunaires ont pris un coup d'accélérateur ces dernières années. 

Par ailleurs, si nous avons mis tant d'années à retourner vers la Lune, c'est aussi en raison des règles technologiques et temporelles en vigueur de nos jours. "Pour envoyer le moindre petit objet dans l'espace, il a aujourd'hui besoin de la 'qualification spatiale'. Or, l'obtenir met environ cinq ans", explique Patrick Michel. 

"Nous n'acceptons plus de prendre les mêmes risques qu'à l'époque", poursuit l'astrophysicien. Car si du temps de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin, il suffisait d'être "un homme courageux, militaire, pilote" pour se rendre sur la Lune, aujourd'hui "ça ne suffit plus". Le scientifique l'assure, "nous voulons minimiser les risques, donc ça prend du temps et c'est couteux".

Enfin, un dernier élément pèse dans la balance : si dans les années 1970, le public se désintéressait grandement des missions spatiales, son engouement et bel et bien de retour. Et pour cause, comme en attestent les millions de personnes qui ont regardé le lancement de la fusée pour la mission Artémis II mercredi soir, "les gens ont besoin de rêver et de s'émerveiller".