Après un instant de silence et de recueillement devant le cercueil recouvert du drapeau tricolore, La Marseillaise a retenti aux Invalides. Puis, le titre d'Yves Montand Les Feuilles mortes, choisi par la famille, a été joué, une chanson qu'il avait lui-même interprétée dans une émission de variété dans les années 1980.
La Garde républicaine a ensuite joué la Marche funèbre de Frédéric Chopin lorsque le cercueil quittait la cour sud des Invalides accompagné de la famille, des proches et du président de la République. Les obsèques de Lionel Jospin auront lieu dans l'après-midi au cimetière du Montparnasse.
Après avoir rappelé le soir de la victoire aux législatives de 1997 et comment Lionel Jospin l'avait vécue, Emmanuel Macron estime que "par-delà la mort, notre mémoire le hissera toujours à cette place singulière : un modèle pour certains, un adversaire pour quelques autres, mais pour tous un repère dans notre histoire et dans notre esprit".
Le président de la République achève son éloge funèbre avec ces mots : "Au soir de la mort de François Mitterrand, Lionel Jospin avait dit 'La mort n'est pas pour moi une occasion de lyrisme'. De lyrisme non, de reconnaissance de la Nation oui, sans aucun doute. Alors pour tout cela, merci".
Après cinq années à la tête du gouvernement, Lionel Jospin fut de nouveau candidat du PS lors d'une élection présidentielle : "Chacun connait la suite, la campagne présidentielle, l'étrange soirée du 21 avril 2002 et le choix immédiat de tirer sans hésiter les leçons de l'histoire et le retrait de la vie politique. Pas par abandon, par franchise, sens de l'absolu, par choix".
Malgré ce retrait, Lionel Jospin s'engageait dans la voie de la transmission : "Lionel Jospin ne renonça jamais au bien-fondé de ces choix. Profondément démocrate, il ne se lassa jamais d'expliquer encore. Il revêtit les habits de professeur d'économie".
Il partageait son "idéal dans le but de faire grandir tous ceux qui croisaient sa route". Il fut également membre du Conseil constitutionnel. "Lionel Jospin fut un homme de fidélité et de fiabilité pour ceux qu'il aimait".
Emmanuel Macron a évoqué les cinq années de cohabitation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. Une période durant laquelle le Premier ministre socialiste a montré une détermination "sans faille dans le but de tenir les engagements pris devant les Français".
Pendant cinq ans, Lionel Jospin "a modernisé la vie économique, sociale et démocratique de la Nation de manière inédite. Il a contribué à faire entrer la France dans ce siècle qui s'ouvrait". Le président a rappelé ensuite les faits de son passage à Matignon.
"Le gouvernement fit adopter la loi sur les 35 heures, mit en oeuvre la couverture maladie universelle, institua la parité dans les élections, réduisit le chômage, soumit à référendum le quinquennat présidentiel. Il fut signataire de l'accord de Nouméa et défendit les engagements européens de la France, le PACS ouvert à tous".
Ministre de l'Éducation, il "fut un gardien vigilant du respect du principe de laïcité tout en se montrant soucieux de préserver la liberté de conscience", rappelle Emmanuel Macron. Après son départ du ministère, "s'ouvrit alors pour lui un temps de réinvention du destin, de liberté".
Il devint ensuite le candidat du Parti socialiste lors de l'élection présidentielle 1995 face à Jacques Chirac. Une candidature qui se solda par une "défaite plus qu'honorable" pour "un camp qui n'en espérait pas tant".
De nouveau Premier secrétaire du PS, "il s'attacha à convaincre les forces de la gauche de former une coalition plurielle" qui mena à la victoire aux législatives de 1997. Une victoire qui lui a ouvert les portes de Matignon.
Après l'arrivée de François Mitterrand à l'Élysée en 1981, Lionel Jospin fut Premier secrétaire du Parti socialiste, "premier parti de France". Il fut ensuite député de Paris et "il n'entra pas au gouvernement. Là encore, fidèle à l'enseignement de Blum, il accepta la mission : garder la vieille maison".
Comme dirigeant du Parti socialiste, "il s'acquitta de la mission avec rectitude, tenant uni le parti tout en laissant à Michel Rocard ou Jean-Pierre Chevènement la liberté de défendre ce qui leur tenait à cœur. Et ce faisant, il aida à la réélection de François Mitterrand".
C'est après tout cela que Lionel Jospin entra pour la première fois dans un gouvernement en tant que ministre de l'Éducation nationale.
Le président de la République rappelle ensuite le parcours politique de Lionel Jospin qui a "emprunté le chemin ouvert par François Mitterrand". Jeune professeur d'économie, il entra en socialiste dans la vie publique.
Dans les années 1970, il fut de ceux qui ont accompagné François Mitterrand "de congrès en congrès, de motions en émotions, du programme commun aux 110 propositions, de la défaite de 1978 à la victoire du 10 mai 1981".
Le chef de l'État rappelle ensuite que Lionel Jospin resta fidèle à "l'enseignement de Jaurès, socle de son engagement : fidélité à l'idéal, sens du réel, recherche de la vérité, rigueur de l'action".
Face au cercueil de Lionel Jospin, Emmanuel Macron a rappelé la vie d'un homme qui a mené "des combats de justice et de liberté et servant notre République", en commençant par son enfance.
Puis, il rappelle le temps des engagements de Lionel Jospin : "Après Sciences Po et l'entrée à l'ENA, Lionel Jospin fut de ces jeunes officiers appelés en Algérie, qui comme Jacques Chirac ou Jean-Pierre Chevènement, refusèrent d'approuver ceux qui se mutinèrent contre De Gaulle".
C'est à cette période de sa vie qu'il a découvert "les injustices, les affres de ces années" qui le menèrent à s'engager pour les causes de sa génération : "L'indépendance de l'Algérie, la décolonisation puis le refus de tous les totalitarismes".
Aux alentours de 11h, le président de la République, Emmanuel Macron, est arrivé aux Invalides pour l'hommage à l'ancien Premier ministre, Lionel Jospin. Le chef de l'État a été accueilli par l'actuel Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Quelques instants après, c'est le cercueil de Lionel Jospin, recouvert du drapeau tricolore, qui est arrivé à l'hôtel des Invalides pour l'hommage. Emmanuel Macron doit prononcer l'éloge funèbre.
De nombreuses personnalités sont arrivées aux Invalides ce jeudi, avant le lancement dela cérémonie. Tous sont venus rendre hommage à une "grande figure de la gauche", selon les mots de Pierre Moscovici.
Avec émotion, François Hollande salue sa "rigueur" et se souvient aussi d'un "homme beaucoup plus chaleureux qu'il y paraissait, capable de sourire à des événements de la vie".
Olivier Faure se souvient, quant à lui, d'"un grand républicain et un grand socialiste" , tandis qu'Manuel Valls évoque sa "tristesse". Dominique Strauss-Kahn se dit "très triste" de perdre "un ami" et de voir la France perdre "un homme d'État".
La cérémonie aura lieu dans la cour sud du Dôme, et non dans la cour d'honneur pavée, actuellement en travaux. Le cercueil de l’ancien Premier ministre y entrera à 11h05, sur une "marche funèbre au pas du tambour", a indiqué l'Élysée.
Les obsèques seront célébrées, quant à elles, à 14h30 au cimetière du Montparnasse.