Un média belge a été sanctionné pour avoir publié l'intégralité du discours du Vice-président américain J.D. Vance. Le Conseil de déontologie journalistique belge juge notamment que le média aurait pu annoter le discours, dans le cadre du cordon sanitaire existant en Belgique francophone.
C'est une décision de justice qui ne manquera pas de créer la polémique une nouvelle fois en Belgique. Le 18 février dernier, le média belge 21News a été condamné par le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) à la suite d'une plainte déposée par deux personnes un an auparavant pour non respect du "cordon sanitaire médiatique", ce principe en Belgique qui limite au maximum l'accès aux médias francophones pour les personnes jugées "d'extrême-droite".
Tout commence le 14 février 2025, journée lors de laquelle le vice-président américain JD Vance prend la parole lors de la Munich Security Conference. Devant l'audience, ce dernier critique "le recul de la liberté d'expression en Europe".
Cordon sanitaire
Le lendemain, le média 21News fait le choix de publier l'intégralité du discours, à l'instar de ce qu'ont pu faire d'autres médias francophone en France ou en Belgique. Un petit texte en tête indique sobrement : "Il est rare que le discours d’un vice-président américain marque les esprits et fasse autant partie de l’actualité. La presse européenne a largement commenté le discours du vice-président américain hier à Munich. Qu’on l’apprécie ou non, il a marqué les esprits et sera clairement historique, car rares sont les dignitaires américains qui ont parlé aussi franchement sur le sol européen".
Mais, le 15 avril 2025, deux personnes dont les identités ne sont pas dévoilées, saisissent le Conseil de déontologie journalistique belge, estimant que le média a rompu le cordon sanitaire. En cause : l'absence d'annotation de la part du journal.
Un an plus tard, "Le Conseil de déontologie journalistique a constaté ce 18 février qu’un article en ligne de 21News consistant en la retranscription intégrale du discours du vice-président des États-Unis, J. D. Vance, tenu à l’occasion de la Conférence de Munich sur la Sécurité (2025), contrevenait à la déontologie et particulièrement à la responsabilité sociale qui lui incombe en tant que média d’information. Reconnaissant la liberté éditoriale du média de ne pas identifier l’auteur du discours ou le parti qu’il représente comme antidémocratique ou liberticide, le Conseil a cependant considéré qu’en relayant ces propos tels quels, 21News n’avait pas mis à profit le temps de contrôle dont il disposait entre le moment où le discours était prononcé et sa publication ni pour vérifier ou recouper les déclarations de la personne, ni pour les mettre en perspective, ni pour les rectifier", précisent-ils.
"Où est la limite ?"
Une décision qui interroge une partie de la presse francophone, à l'instar de l'hebdomadaire Le Point. De son côté, Étienne Dujardin, directeur et fondateur de 21News, est surpris par cette condamnation. "Je suis plus qu'étonné par cette décision. Retranscrire un discours ne signifie pas y adhérer ; cela permet simplement aux lecteurs d’en prendre connaissance et de se forger leur propre opinion. Nous sommes d’autant plus à l’aise que nous avons également donné la parole à des personnes très opposées au gouvernement américain. Nous sommes favorables au renforcement de la souveraineté européenne, mais cela ne passe pas pour nous par l’interdiction pour un média de relayer intégralement le discours de J.D. Vance", répond-il dans un communiqué.
"Publier le discours du vice-président américain relève du droit à l’information et de l’accès aux sources primaires pour le lecteur. Un média n’a pas à filtrer un discours du vice-président de la première puissance mondiale sur base d'une plainte anonyme. Si on commence comme cela, où est la limite ?", s'interroge-t-il. Une décision qui, paradoxalement, valide un peu plus le discours du Vice-président américain prononcé l'an dernier.