La guerre en Iran ne cesse de prendre l'ampleur et une question demeure : le prix de l'essence va-t-il augmenter ? Depuis samedi matin, les acteurs économiques regardent la situation avec fébrilité, en raison de la géolocalisation du pays perse mais aussi de son importance dans l'export de pétrole dans le monde.
Depuis le début de la guerre, samedi matin, les acteurs économiques regardent avec fébrilité le conflit au Moyen-Orient. Et pour cause, le détroit d'Ormuz, par lequel transit un cinquième du pétrole mondiale et un quart du gaz, est situé au large des côtés sud de l'Iran et face à l'Arabie saoudite.
"Les navires devraient éviter de transiter dans la région concernée tant que les conditions ne se sont pas améliorées", selon l'Organisation maritime internationale. Une annonce faite suite à aux attaques iraniennes de deux navires marchands dans le détroit d'Ormuz.
Haut lieu du transport maritime, où passe d'ailleurs 20% du pétrole mondial et un quart du gaz, le détroit est menacé de fermeture par le régime iranien depuis le début de la guerre. Pour l'heure, si le détroit est toujours ouvert, l'Iran ne semble pas s'empêcher de cibler les navires des pays ennemis. Une situation alarmante, surtout si elle s'installe dans la durée, mais qui demeure relativement peu inquiétante pour la France.
"Il n'y aura pas de pénurie de carburant"
Salomée Ruel, professeure en management logistique à l'école de management Léonard de Vinci, assure qu'"il n'y aura pas de pénurie de carburant, à condition que les automobilistes ne s'affolent pas", en France. Le risque étant que la pénurie soit créée par les consommateurs eux-mêmes.
Les chances de voir arriver une pénurie de pétrole en France sont effectivement faibles, voire nulles, et ce pour deux raisons majeures. Comme le rappelle Salomée Ruel, l'Hexagone "n'achète pas de pétrole iranien" et "les stocks disponibles actuellement dans le monde sont largement suffisants pour nous approvisionner".
Les pays de l'Opep+, se sont d'ailleurs réunis dimanche, en vue d'augmenter significativement leurs quotas de production de pétrole. Ceux-ci devraient donc atteindre les 206.000 barils de pétrole par jour dès le mois d'avril, selon un communiqué de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole.
Si cela ne devrait cependant pas détendre significativement le marché mondial, étant donné qu'une large partie transite par le détroit d'Ormuz, la France n'est pas la principale concernée. Comme l'explique la professeure, bien que nous nous fournissions auprès de l'Arabie saoudite, les quantités restent "infimes par rapport à tout ce que nous achetons ailleurs", dont à l'Amérique du Sud.
Par ailleurs, "des plans B logistiques existent", rappelle Salomée Ruel. L'experte en logistique évoque notamment "la possibilité d'utiliser d'autres voies telles que le pipeline" pour exporter le pétrole. L'Arabie saoudite, traversée d'Est en Ouest par "un pipeline majeur" pourrait ainsi "transporter une partie de ces volumes vers la Mer Rouge afin de pouvoir les exporter".
Des conséquences à la pompe
Bien que le risque de pénurie de pétrole demeure un scénario peu probable et éloigné dans le temps, le risque d'une hausse du prix de l'essence à la pompe est lui une réalité bien tangible.
L'augmentation du prix du baril de pétrole, amorcée il y a un mois, a subi un coup d'accélérateur avec la guerre enclenchée samedi matin. Effectivement, le baril avait augmenté d'une dizaine de dollars, lorsque les négociations ont débuté il y a plusieurs semaines entre les États-Unis et l'Iran. Une hausse égale observée en seulement trois jours, depuis les premières attaques menées conjointement par les États-Unis et Israël samedi matin, contre Téhéran.
Concrètement, ces hausses répétées se font ressentir à la pompe. "Traditionnellement, on dit que quand il y a un dollar de plus sur le baril, il y a un centime de plus à la pompe", indique Salomée Ruel. Une dizaine de centimes supplémentaires devraient donc être observés sur le prix de l'essence dans les prochaines semaines.
Il existe toujours effectivement, "un décalage entre les augmentations des prix du baril de brut et ce que l'on ressent à la pompe", correspondant au "temps d'acheter le brut, de le transporter de le raffiner et de le distribuer", rappelle l'experte en logistique.
Alors que Donald Trump a affirmé que les opérations en Iran devraient durer entre "quatre à cinq semaines", l'avenir de la guerre dans la région demeure incertain. C'est pourquoi Salomée Ruel, au même titre que les acteurs économiques, s'attendent à voir le prix des barils de pétrole continuer d'augmenter dans les prochains temps.
L'experte compare d'ailleurs la situation actuelle à celle du début de la guerre en Ukraine. "Je vous rappelle qu'on avait atteint 100 dollars le baril de pétrole, soit plus de 2 euros le litre à la pompe". Si pour l'heure, le prix du baril est de 80 euros, la véritable crainte est de retrouver des niveaux similaires à février 2022.