Non-respect des normes d’hygiène, lutte contre la vente à la sauvette et le travail dissimulé : une centaine de policiers de différents services ont investi la rue Dejean, dans le XVIIIᵉ arrondissement de Paris, hier après-midi. Plusieurs commerces ont été administrativement fermés et une quinzaine de personnes interpellées, la plupart pour travail dissimulé et dépourvues de titre de séjour valide.
À Château Rouge, les après-midis ont d’ordinaire le parfum mêlé des épices, de la viande exotique, certaines avariées, et du brouhaha des vendeurs à la sauvette. Mais ce mardi après-midi, un autre ballet s’est installé dans les rues du 18ème arrondissement. Le temps d’une opération d’envergure rondement coordonnée, une centaine de policiers ont investi les lieux pour contrôler les commerces et les vendeurs à la sauvette.
Des déjections de souris
En quelques minutes, et par surprise, les policiers encerclent la rue Dejean. Au milieu des cartons abandonnés sur les trottoirs et des étals improvisés, les contrôles sanitaires s’enchaînent. Christophe, agent de la préfecture de police en charge de l’hygiène et de la sécurité alimentaire, s’arrête devant un premier commerce. Le constat est immédiat. "Sur la vitrine extérieure, il y a des déjections de souris tout le long. Elle n’est ni nettoyée ni désinfectée, et tout cela est au contact des denrées alimentaires", observe-t-il.

À quelques centimètres de crottes de rongeurs, de la viande à la couleur bleuâtre est exposée à l’air libre. Le prix est imbattable : six euros le kilo de bœuf, contre plus du double dans un supermarché classique. Mais l’odeur pestilentielle de la viande oblige à se pincer le nez. Sur les six commerces alimentaires contrôlés, trois sont immédiatement fermés pour non-respect des règles d’hygiène. Un quatrième reçoit un avertissement, tandis que deux autres feront l’objet d’une fermeture administrative après la découverte d’employés en situation irrégulière.
Travail dissimulé et contrôles d’identité
À l’intérieur des boutiques, les policiers enchaînent les vérifications. "Une pièce d’identité, s’il vous plaît", répètent-ils au fil des contrôles. Rapidement, les infractions apparaissent. Quatre cas de travail dissimulé sont relevés, notamment dans une poissonnerie, et trois personnes sont placées en retenue administrative. Au total, quinze interpellations ont lieu, dont onze étrangers en situation irrégulière. Deux individus sont également identifiés comme faisant l’objet de fiches de recherche.
À quelques mètres des commerces inspectés, une vendeuse à la sauvette est repérée par les forces de l’ordre. Suivie discrètement, elle conduit les policiers jusqu’à un local de stockage dissimulé derrière un magasin de tissus africains. "Elle venait s’approvisionner en attiéké, une sorte de semoule de manioc fermentée. On a découvert plus d’une tonne de marchandises cachées sous les étalages et derrière les tissus", détaille un major de la brigade dédiée à la vente à la sauvette et aux contrefaçons. Les marchandises saisies sont immédiatement détruites, conformément à la procédure.

La rue Dejean, au cœur des contrôles
Pour le commissaire Romain Semedard, à la tête du commissariat central du XVIIIᵉ arrondissement, la situation du quartier impose une vigilance constante : "On a des commerces communautaires très bien fournis en produits venant notamment d’Afrique. Sur ce secteur, la densité de population est très importante, avec des nuisances qui s’ensuivent : le bruit, la consommation d’alcool, mais aussi la vente à la sauvette, qui constitue un délit", explique-t-il.
Cette opération s’inscrit dans un dispositif départemental mobilisant plusieurs administrations : police nationale, URSSAF, services d’hygiène, préfecture de police spécialisée dans les contrôles de commerces et la lutte contre l’immigration illégale. Au total, 176 personnes ont été contrôlées et 2,1 tonnes de marchandises saisies. L’an dernier, sur le seul quartier de Château Rouge, près de 15.000 verbalisations ont été dressées pour vente à la sauvette et 270 tonnes de marchandises saisies puis détruites, rappelant l’ampleur d’un phénomène que les autorités entendent continuer à encadrer durablement.