Dans Europe 1 Matin Week-end, Jean Leonetti, revient sur le projet de loi relatif à la fin de vie qui vient d'être retoqué par les sénateurs. Il estime qu'une ligne rouge a été franchie avec ce texte.
Jean Leonetti a toujours défendu l'accompagnement de la fin de vie des patients, mais avec une limite très claire : ne jamais provoqué la mort. Alors forcément, lorsqu'il a lu le projet de loi sur la fin de vie qui transite ces derniers mois entre l'Assemblée nationale et le Sénat, il l'assure sans détour : "une ligne rouge a été franchie".
Il faut développer les soins palliatifs
"Elle est franchie par les députés qui ont fait une loi extrêmement permissive. Mais même par les sénateurs, si j'ose dire, parce qu'ils ont essayé de faire un compromis, limiter les effets de donner la mort en fin de vie. [Les sénateurs ont notamment retoqué l'article-clé de cette loi, NDLR]. Mais en réalité, on ne peut pas éviter de considérer que donner la mort à l'autre est une transgression majeure et que c'est une rupture à la fois législative, médicale et anthropologique", assure l'actuel maire LR d'Antibes au micro d'Europe 1 Matin Week-end.
"Avoir des lignes jaunes, se dire 'je vais soulager et je ne vais pas donner la mort'. C'est une option qui est bien sûr plus complexe, qui nécessite plus de moyens, plus d'humains, mais qui à mon avis est la seule voie possible pour ne pas diviser les Français, au contraire les rassembler. Ce qui est évident aujourd'hui c'est qu'il faut développer les soins palliatifs."
Pour Jean Leonetti, ce projet de loi sur la fin de vie, est un "un conflit de valeurs entre la liberté de celui qui dit c'est mon choix [de mourir], et celui qui dit je te protège malgré toi. Et donc, c'est au fond l'individu contre le collectif, ou plutôt le collectif qui dit : 'Je vais te protéger et je vais t'aider même si tu te trouves dans une situation dans laquelle tu me réclames la mort.'"
"Une société qui se perd"
Une situation qui pose non seulement la question de la liberté individuelle, pointe le maire, mais également la cause profonde derrière la phrase "je veux mourir". "Quand vous avez une douleur atroce, vous êtes prêt à prendre n'importe quoi et même à demander la mort pour que cette douleur cesse. Et puis, [...] la deuxième raison qui arrive dans la demande de mort, c'est 'je suis un poids pour la société et pour ma famille'", assure-t-il.
Et "une société qui dit : 'Il y a des hommes et des femmes qui sont de trop dans la société', c'est une société qui se perd. Il faut qu'on dise à chacun, aux plus vulnérables, à celui qui est en fin de vie, à celui qui a perdu ses facultés cognitives tu vaux encore pour nous et que dans le regard de l'autre, il y ait cette capacité à dire 'tu es encore humain, tu es encore une personne humaine et je te respecte en tant que tel", conclut-il.