Les autorités iraniennes ont coupé l'accès à internet en Iran, face à la contestation monstre dans le pays qui dure depuis la fin de l'année 2025. Pour cela, elles sont parvenues à brouiller les terminaux Starlink, le fournisseur d'accès à internet par satellite lancé par la société d'Elon Musk, SpaceX. Comment le régime des Mollahs y est-il parvenu ?
C'est devenu une arme redoutable pour le régime des Mollahs. Face aux manifestations de grande ampleur qui se déroulent en Iran depuis le mois de décembre, les autorités du pays ont décidé de couper l'accès à internet le 8 janvier dernier pour isoler la population du reste du monde. Pour cela, elles sont parvenues à brouiller les terminaux Starlink, ce fournisseur d'accès à internet par satellite qui appartient à l'entreprise SpaceX d'Elon Musk.
Un "travail de fond" dans le contrôle de l'accès à internet
"C'est la première fois qu'on le voit avec une telle intensité sur Starlink, c'est une nouveauté dans le monde du brouillage", explique à l'AFP Kave Salamantian, professeur à l'Université de Savoie, spécialiste de la géopolitique du cyberespace et co-auteur d'une étude sur l'internet iranien. "Je travaille sur l'accès à internet depuis 20 ans et je n'ai jamais vu une telle chose", abonde Amir Rashidi, directeur pour l'internet du groupe de défense des droits Miaan Group, auprès de la publication spécialisée TechRadar.
Cette prouesse technique est rendue possible après "un travail de fond d'environ 10-12 ans" du régime au pouvoir pour contrôler l'accès à son réseau, souligne Kave Salamantian. Quelque temps après l'arrivée d'internet, à la fin des années 2000, les autorités ont entrepris "une restructuration complète du réseau internet iranien qui a permis en quelque sorte de faire rentrer le djinn dans la bouteille".
Selon lui, ce contrôle facile à mettre en œuvre s'opère dans la "couche logique du routage". Les autorités "sont capables d'un contrôle très fin, pouvant décider que tel ou tel côté de telle ou telle rue a internet ou pas", affirme-t-il à l'AFP.
Les satellites LEO, "le talon d'Achille de Starlink"
Théoriquement, Starlink doit permettre à la population de contourner ce problème grâce à sa constellation de satellites en orbite basse (LEO), qui permet d'avoir accès à internet en établissant une connexion de données entre ces satellites (situés à environ 550 km d'altitude) et les utilisateurs au sol. Par ce moyen, on s'affranchit des accès internet locaux.
Néanmoins, le contrôle du régime des Mollahs s'est perfectionné ces dernières années, et des brouilleurs ont pu être installés à divers endroits. "Vous avez besoin de beaucoup de brouilleurs pour être efficace", renseigne à l'AFP Bryan Clark, ancien militaire spécialiste de guerre électronique à l'Hudson Institute. Effectivement, brouiller le signal GPS sur une zone se révèle être le moyen le plus facile à mettre en place puisque l'antenne Starlink au sol doit communiquer sa position par ce biais au satellite.
Une autre façon de couper l'accès de la population à Starlink est de cibler les fréquences du satellite. Les échanges avec des satellites LEO sont plus faciles à brouiller que ceux avec un satellite gestionnaire beaucoup plus lointain, éclaire le co-auteur d'une étude sur l'internet iranien. Les récepteurs LEO sont plus ouverts car ils bougent tout le temps, et donc, plus vulnérables. "C'est le talon d'Achille de Starlink", résume le spécialiste.
De l'aide demandée à la Russie ?
Cependant, selon différents experts, il est a priori impossible de brouiller tout le territoire iranien car les brouilleurs doivent être positionnés relativement près des antennes. La connexion doit donc pouvoir fonctionner dans des zones non brouillées. C'est pourquoi des spécialistes estiment que l'Iran a pu faire appel à la Russie, son allié, très en pointe sur le sujet, pour régler ce problème.
Si les Russes possèdent des systèmes aptes à intervenir sur les fréquences Starlink, ils en ont toutefois grand besoin en Ukraine en parallèle du conflit militaire, souligne une source industrielle. Ce qui fait supposer à Bryan Clark que Téhéran aurait "une combinaison de systèmes qu'ils ont développée eux-mêmes et d'autres qu'ils ont eu des Russes".
Le président américain Donald Trump avait déclaré dimanche que les États-Unis "pourraient rétablir" internet en Iran. Mais une semaine après la coupure généralisée, les Iraniens n'y ont toujours pas accès, ce qui compromet le partage d'informations sur la situation dans le pays. Les communications téléphoniques sont également toujours limitées.