Des milliers de personnes ont continué de manifester dans les rues de plusieurs grandes villes en Iran ce samedi soir. De nouveaux rassemblements sont prévus ce dimanche dans la soirée. Le président, Massoud Pezeshkian, s'est exprimé. Une mise en garde et un drôle de jeu d'équilibriste auquel il s'est adonné.
Il dit dans le même temps comprendre les préoccupations des commerçants à l'origine de la mobilisation, tout en fustigeant des émeutiers manipulés par des puissances étrangères : "Nous demandons que dans chaque quartier, les habitants se rassemblent et n'autorisent pas ces personnes à provoquer des émeutes. Notre devoir le plus élevé est de ne pas permettre aux émeutiers de venir semer le trouble dans la société".
"C'est des tirs à l'arme lourde"
Une réponse aux appels de prendre les centres-villes, lancés ce samedi par le prince Reza Pahlavi, figure centrale de l'opposition, actuellement en exil aux États-Unis. En Iran, les informations arrivent au compte-gouttes, alors qu'internet est coupé dans tout le pays depuis trois jours maintenant.
Les témoignages semblent confirmer une répression sanglante, à l'abri des regards de la communauté internationale, en particulier dans les régions périphériques, comme l'explique le chercheur David Rigoulet-Roze : "En pays kurde et baloutche, où là, manifestement, le corps des Gardiens de la Révolution est directement engagé, ce n'est pas seulement des tirs à balles réelles. C'est des tirs à l'arme lourde".
"Dans les mouvements précédents, il y avait toujours une spécificité ou une segmentation, mais là, tous les paramètres se conjuguent. C'est la première fois qu'il y a une agrégation des colères transgénérationnelle et puis transclasse. Et donc ça rappelle un processus qui s'était enclenché en 78 quand disant la chute du chat", a-t-il ajouté.
Plusieurs centaines de tués dans les rues
Au moins 500 personnes sont mortes en deux semaines de contestation, selon l'ONG Iran Human Rights, qui avançait une cinquantaine de victimes il y a encore trois jours. Des hôpitaux sont saturés, notamment à Téhéran ou Chiraz. Des manifestants se prennent en photo avec des douilles vides dans les mains.
Ce sont aussi ce genre de témoignages que relaie IranWire, média indépendant basé à Londres. Des dizaines de figures civiles de la contestation ont été interpellées ce dimanche dans plusieurs villes du pays.
L'Iran assure aussi qu'un canal de communication a été ouvert avec Washington alors que le pouvoir a demandé à ses soutiens de descendre massivement dans les rues du pays ce matin.