"Le seul carburant politique qui reste au pouvoir militaire corrompu en Algérie, c'est d'entretenir la rente mémorielle contre la France." Voilà ce qu'affirmait sur Europe 1 Eric Revel dans Eliot Deval et vous. Deux semaines plus tard, l'affaire Boualem Sansal a enfin trouvé un dénouement, avec la grâce et la libération de l'écrivain franco-algérien, qui a pu prendre un avion pour l'Allemagne, Berlin ayant réussi à débloquer la situation qui semblait inextricable.
La colonisation, instrument politique ?
Mais là encore, la question se pose : Alger a-t-elle voulu humilier la France en accordant à la diplomatie allemande ce que le Quai d'Orsay réclamait depuis des mois ? Si la réponse est à l'interprétation de chacun, il en ressort en tout cas une impression de rancœur tenace du régime d'Abdelmadjid Tebboune à l'encontre de Paris. Un ressenti qui trouverait, selon toute vraisemblance, ses origines dans la colonisation et la guerre d'Algérie.
"85% ou 90% des Algériens n'ont pas vécu cette période, ça ne représente rien aujourd'hui pour la jeunesse", explique dans Europe 1 Matin Week-end, Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne. "Par contre pour le régime c'est quelque chose de très important, puisqu'il l'instrumentalise matin, midi et soir, notamment dans les programmes scolaires ou dans les médias."
"La population algérienne reste très jeune"
"Il l'instrumentalise dans sa relation avec la France pour jouer sur la corde très sensible qui est bien connue des Français vis-à-vis de leur Histoire", poursuit le spécialiste, qui conclut : "Mais au fond, en Algérie, là non plus, ça ne représente plus grand-chose, puisque c'est très ancien et la population algérienne reste très jeune. Elle a bien d'autres priorités aujourd'hui que de s'occuper de l'Histoire." Selon statistica, l'âge médian de la population algérienne se situe autour des 28 ans en 2025.