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Derrière la baisse de l’espérance de vie aux États-Unis, les ravages de la crise des opioïdes

Les morts par overdose plombent l’espérance de vie américaine, qui connaît une nouvelle baisse en 2018. Principaux responsables : les opioïdes, qui tuent à eux seuls plus que les armes à feu.

Le Centre national des statistiques de santé des États-Unis a publié ses nouveaux chiffres jeudi et la tendance se confirme : l'espérance de vie baisse outre-Atlantique . Un enfant né en 2014 aux États-Unis pouvait espérer vivre 78,9 ans en moyenne, contre 78,6 ans en 2018. "C’est la première fois que l’on voit une tendance à la baisse depuis la grande épidémie de grippe de 1918", explique Robert Anderson, chef des statistiques de la mortalité au Centre national des statistiques de santé.

Plus meurtrier que les armes à feu. Principal facteur qui explique ce phénomène : les overdoses de drogues et plus particulièrement celles liées aux opioïdes . En 2017, 72.000 Américains sont morts d’overdoses, dont environ deux tiers en raison d'une surconsommation d’opioïdes. À titre de comparaison, ce nombre de morts est supérieur à celui des personnes tuées par armes à feu et lors d’accidents de la route réunis.

Une surconsommation à la fois légale et illégale. La crise sanitaire a démarré au début des années 2010, provoquée par la sur-prescription de médicaments comme la morphine, l’hydromorphone ou encore l'oxycodone, utilisés comme antidouleur dans le traitement du cancer ou pour d’autres troubles. Si la population des États-Unis représente ainsi 5% de la population mondiale, elle consomme près de 80% des opioïdes du marché international. Environ 2 millions d’Américains seraient dépendants à ces médicaments.

En quelques dizaines d'années, médecins et laboratoires pharmaceutiques ont ainsi amassé une petite fortune avec ces ordonnances, comme le soulignait Xavier Yvon, le correspondant d’Europe 1 aux États-Unis en mars dernier , tout en occultant les forts risques de dépendance liés à la prise de ces substances. Or, une fois les prescriptions des médecins terminées, à l’issue des soins, beaucoup de patients restent dépendants au produit. Ils se tournent alors vers des substituts, de manière illégale, auprès de dealers.

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Evolution du taux de mortalité par overdose de drogue aux Etats-Unis de 1999 à 2017 ©AFP 

Les ravages du Fentanyl. Aujourd'hui aux États-Unis, le Fentanyl représente la plus grande menace en matière de drogue opioïde. Cet analgésique de synthèse, très addictif, est 50 à 100 fois plus puissant que l’héroïne : 2 milligrammes peuvent tuer un homme, contre 200 milligrammes pour l’héroïne. Prince en 2016 , la chanteuse des Cranberries - Dolores O’Riordan - ou encore Tom Petty au début de l’année 2018, ont tous succombé à une overdose de ce médicament. Pour les trafiquants de drogue, le Fentanyl est plus intéressant, car moins cher à produire et plus lucratif. En 2016, le nombre de décès liés au Fentanyl (20.100) surpassait ceux liés à l’héroïne (15.400).

Un constat sanitaire alarmant, dont les conséquences désastreuses ne sont pas seulement sanitaires. Selon une enquête du New Yorker , le coût de la crise des opioïdes pourrait être estimé à plus de 150 milliards de dollars par an, avec notamment des répercussions sur le marché de l’emploi, liées à l’incapacité pour certaines personnes de travailler.

État d’urgence. Après avoir déclaré l’état d’urgence national sanitaire pour les opioïdes en octobre 2017, Donald Trump a annoncé plusieurs pistes pour combattre cette crise. Outre une diminution de la production des médicaments concernés, une meilleure prévention auprès des médecins et une plus grande répression pour les dealers , l’administration américaine réfléchit à porter plainte contre certains laboratoires pharmaceutiques coupables, à ses yeux, de la crise sanitaire.