Trois semaines avant le second tour, la réélection de Lula semblait hors de portée. Au Brésil, un député a pourtant transformé un simple canal WhatsApp en une "armée" de 10 millions de militants numériques, mobilisés jour et nuit. Un phénomène qui aurait pesé lourd dans la victoire surprise du président face à Flávio Bolsonaro.
Au départ, ce n'était qu'un canal WhatsApp suivi par 53.000 personnes. Trois semaines plus tard, il en comptait 10 millions. Au Brésil, cette mobilisation en ligne est présentée comme l'un des moteurs de la victoire surprise de Luiz Inácio Lula da Silva, dimanche, face au candidat Flávio Bolsonaro.
Le président sortant a réussi une première dans l'histoire du pays en l'emportant après avoir terminé deuxième au premier tour. Il comptait alors 2,2 millions de voix de retard sur le fils de Jair Bolsonaro. Entre les deux tours, il a gagné plus de 10 millions de suffrages.
Des "missions" jour et nuit
À l'origine du mouvement, on trouve André Janones, député de gauche. Au lendemain du premier tour, à 6 heures du matin, il appelle ses abonnés à se mettre au travail et rebaptise son canal "L'Armée de Lula". Il leur confie ensuite des "missions" quotidiennes, commenter, aimer et partager les contenus favorables au président. "Faites le buzz !", exhorte-t-il. En cinq jours, le canal atteint 3,4 millions de membres.
Pour contourner les algorithmes de Meta, accusés par l'équipe de campagne et des organismes de surveillance de favoriser l'extrême droite, les militants reprennent les codes du camp adverse, jusqu'au maillot jaune de la Seleção, devenu un symbole de la droite.
André Janones promet que le canal ne diffusera "aucune fausse information". Les messages visent les enquêtes pour corruption concernant Flávio Bolsonaro, qui n'a pas été inculpé, ses liens passés avec des figures du milieu criminel de Rio ou ses projets d'austérité inspirés de Javier Milei. Saisi, le tribunal électoral a laissé le canal en ligne. Meta, chargé d'enquêter sur sa croissance, n'a relevé aucune irrégularité.
Lula rejoint son armée
Quelques jours avant le vote, Lula s'est lui-même procuré son premier smartphone pour rejoindre le canal. "C'était un homme du XXe siècle qui, au tout dernier moment possible, a trouvé comment mener une campagne du XXIe siècle", résume l'analyste américain Brian Winter auprès du New York Times.
La mobilisation a dépassé les écrans. La participation a progressé de près de trois millions de votants entre les deux tours et l'abstention est tombée à son plus bas niveau pour une présidentielle brésilienne.