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Carburants : La France peut-elle imiter Donald Trump et autoriser le «diesel rouge» sur les routes ?

[Ben STANSALL / AFP]

Face à un diesel proche de son record, Donald Trump a signé lundi un décret qui ouvre à tous le diesel rouge, normalement réservé aux engins agricoles et de chantier, en différant sa taxe fédérale. En France, où le gazole non routier existe aussi, une telle mesure est-elle envisageable ?

Il est coloré en rouge, presque identique au gazole classique, mais beaucoup moins taxé. En France, le gazole non routier (GNR) alimente les tracteurs, les engins de chantier ou certains bateaux, mais interdit dans le réservoir des voitures et des camions qui circulent sur la route.

Aux États-Unis, son équivalent vient pourtant d'être ouvert à tous sur décision présidentielle. L'idée pourrait séduire les automobilistes et les transporteurs français, eux aussi exposés à la hausse des cours depuis le début de la guerre en Iran.

À un mois des midterms, Trump ouvre le diesel rouge à tous

C'est en plein meeting dans le Nebraska, que Donald Trump a signé ce décret, à un mois des élections de mi-mandat. Il avait promis à ses partisans que chacun pourrait désormais acheter ce diesel détaxé, quel que soit l'usage. Finalement, le texte ne supprime pas la taxe fédérale de 24 cents par gallon (environ 6 cents par litre) mais en reporte le paiement, sans intérêts ni pénalités, pour le carburant utilisé sur route entre le 5 octobre et le 31 décembre. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, devant trouver un moyen, y compris législatif, d'effacer cette dette fiscale, faute de quoi, elle restera due.

D'après l'association automobile AAA, le gallon de diesel coûtait lundi 5 octobre 6,32 dollars en moyenne. C'est tout près du record de septembre et plus de 70 % au-dessus du niveau d'il y a un an. Deux causes expliquent cette flambée : la guerre au Moyen-Orient, qui perturbe le détroit d'Ormuz depuis février 2026.

La France pourrait-elle faire pareil ?

Le gouvernement français pourrait-il, à l'image de Donald Trump, autoriser le GNR sur les routes ? Pour Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de l'énergie et du climat, la réponse est oui... avec quelques nuances. "il y aurait deux problèmes. Le premier, c'est que l'État français est en faillite. Se priver de recettes serait donc assez gênant.”

“Le second, c'est que le colorant est conçu pour rester. Si vous utilisez du diesel rouge dans votre voiture, les douanes pourraient le détecter, même après coup, en contrôlant le moteur. Le plus simple serait donc de baisser la taxe sur le gazole plutôt que de monter tout un système de ce type.”

Une différence de 60 centimes à la pompe

En France, le prix du gazole a bondi de 51 % depuis le début de l'année, contre 31 % pour le SP95-E10. Si l'État autorisait le GNR sur les routes, "l'écart serait très important et visible à la pompe", estime Thierry Bros, où contrairement aux États-Unis, le carburant y est en effet "extrêmement taxé".

La baisse pourrait atteindre une soixantaine de centimes par litre et ramener le gazole autour de 1,85 euro. Le spécialiste insiste toutefois sur l'obstacle budgétaire : “Un État en faillite ne peut pas se priver de recettes fiscales.”

En attendant, la tentation de “rouler au rouge” reste illégale. Utiliser du GNR dans un véhicule routier constitue une fraude douanière, passible de trois ans d'emprisonnement et d'une amende pouvant atteindre deux fois la valeur de l'objet de la fraude.