Le mouvement de blocus des lycées prend de l’ampleur en Île-de-France. Plusieurs établissements ont été perturbés vendredi, notamment en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, tandis que 31 interpellations ont été recensées dans l’agglomération parisienne.
Croissant sous l'effet des réseaux sociaux, le mouvement de blocus de lycées par leurs élèves s'est étendu vendredi dans la banlieue de Paris, où la police a procédé à une trentaine d'interpellations en marge des actions lycéennes.
En Seine-Saint-Denis, Shaïna dit s'être postée dès 7H00 devant son lycée Jean-Moulin au Blanc-Mesnil, avec une foule d'élèves. Voir sur les réseaux sociaux d'autres lycées mobilisés, "ça nous a un peu donné la force de nous lever, nous aussi", admet cette lycéenne, en écho à l'effet d'émulation entre établissements constaté en Ile-de-France depuis le début de la semaine.
Ici, "ça fait trois ans que ça va mal", "il y en a qui passent le bac sans professeur principal", assure Shaïna rencontrée sur place par un journaliste de l'AFP. "Les emplois du temps sont trop surchargés, les toilettes sales (…) et il manque de personnel", abonde Maya, 17 ans, élève en terminale professionnelle dans le même lycée.
31 interpellations
Le rectorat de l'académie de Créteil a reconnu dans la matinée auprès de l'AFP que le mouvement était "plutôt en train de prendre de l'ampleur", répertoriant une "grosse dizaine" de lycées ayant fait l'objet vendredi de nouveaux blocus, en particulier en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne.
Depuis le début de la semaine, "ces mobilisations ont pu donner lieu à des attroupements, des mouvements de foule ainsi qu’à des dégradations matérielles", ajoute-t-on.
Dans l'académie de Versailles, le rectorat fait état de "perturbations" dans trois lycées de l’Essonne (sur 62 du département) et de "mobilisations" dans cinq des Hauts-de-Seine (sur 65).
Au lycée Rosa-Parks de Montgeron (Essonne), "on a entendu quelques booms dans la salle des profs, c’étaient des feux d'artifice, la police était là en préventif, en une minute c’était fini", a indiqué à l'AFP Sophie Vénétitay, enseignante dans l'établissement et secrétaire générale du syndicat Snes-FSU.
Depuis le début du mouvement, certaines actions de blocus ont donné lieu à des actes de vandalisme ou des tirs de mortier d'artifice. La préfecture de police de Paris a fait part de 31 interpellations vendredi dans l'agglomération parisienne, selon un bilan "à 17H00". Elle n'a pas précisé dans quel établissement ni si des gardes à vue étaient en cours.
"Surcharge" et "manques"
Dans le Val-de-Marne, un élève du lycée Guillaume-Budé a mentionné plusieurs interpellations "pour des tirs de mortiers".
Globalement, "c'était pacifique, on n’a pas fait de bêtises", a affirmé ce lycéen de 17 ans joint par l'AFP. "On avait des pancartes, on a discuté (notamment) avec (le député LFI) Louis Boyard, on a chanté la Marseillaise, marché et essayé de faire valoir les raisons pour lesquelles on a fait le blocus". Et d'évoquer la "surcharge des classes, la chaleur (...) la pression de Parcoursup et beaucoup d’incidents entre élèves et profs, pour lesquels il n’y a jamais de suite".
Le mouvement était parti du Val-de-Marne, selon une source académique. "Ca a commencé au lycée Saint-Exupéry" de Créteil" et "ça s'est élargi très vite", assure aussi Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne, qui y évoque le manque d'assistants d'éducation, d'infirmières, d'assistantes sociales, de cadres de direction...
Les politiques s'emparent du mouvement
A sept mois de l'élection présidentielle, le mouvement est relayé par des politiques. "Le mouvement lycéen doit s’étendre", a souhaité Louis Boyard sur X, en avançant que "ces élèves manquent de tout (...) alors que dans les lycées de riches, il y a tout ce qu’il faut!".
Le mouvement lycéen doit s’étendre. Avec Macron, les élèves sont départagés par Parcoursup dans une compétition injuste.
Ces élèves manquent de tout. De chaises, de profs, de stages, d’infirmières, de psychologues. Alors que dans les lycées de riches il y a tout ce qu’il faut !… pic.twitter.com/aZR4mjPltL— Louis Boyard (@LouisBoyard) September 25, 2026
Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) a dit sur X regretter "évidemment les violences et dégradations", tout en prenant la défense de jeunes mobilisés dans un lycée de sa ville qui "doivent pouvoir exprimer leurs revendications en toute sécurité".
J’ai suivi avec attention la mobilisation au lycée Bartholdi.
Nos jeunes doivent pouvoir exprimer leurs revendications en toute sécurité.
Je ne me satisfais pas d'apprendre qu'un agent municipal sur place portait un LBD.
À Saint-Denis–Pierrefitte, nous défendons une réponse… pic.twitter.com/WL2v9GRVAA— Bally Bagayoko (@BallyBagayoko) September 24, 2026
Le député LFI Thomas Portes a relayé sur Instagram une vidéo présentée comme une scène d'interpellation d'élève à Sarcelles (Val-d'Oise), se plaçant en défense d'élèves contre lesquels la police "se déchaîne" selon lui.
"Les difficultés scolaires doivent être entendues et traitées (...) mais instrumentaliser politiquement la jeunesse et empêcher les élèves d’apprendre ne résout aucune de ces difficultés", a réagi jeudi le ministre de l’Éducation Édouard Geffray, sur le réseau social X.