Le prix des carburants atteint de nouveaux records, avec un gazole à 2,41 euros le litre en moyenne. Pour les infirmiers libéraux, qui parcourent parfois plus de 100 kilomètres par jour, la hausse devient difficilement supportable, faute de pouvoir la répercuter sur leurs tarifs.
2,41 euros le litre de gazole, nouveau record. 2,17 euros pour le SP95-E10. Et encore, il s’agit de prix moyens. Rien ne semble pouvoir arrêter la flambée des carburants, alors que les prix du gaz ont eux aussi fortement augmenté ces derniers mois. Pour de nombreux Français, faire le plein devient de plus en plus difficile.
Mais pour certaines professions indépendantes, comme les infirmiers libéraux à domicile, rouler revient parfois à perdre de l’argent. Ces soignants ne peuvent pas répercuter la hausse du carburant sur leurs tarifs, alors qu’ils doivent se déplacer chaque jour pour voir leurs patients.
"C’est la première fois que je paye autant pour un plein"
En zone rurale, Gaëlle Cannat, présidente du collectif des infirmiers libéraux en colère, passe d’une maison à l’autre. Chaque jour, elle parcourt environ 150 kilomètres. "Je fais en moyenne un plein par semaine. Celui que j’ai fait hier m’a coûté 80 euros. J’ai un réservoir qui fait 40 litres, c’est énorme. C’est la première fois que je paye autant pour un plein", témoigne-t-elle.
Au total, son budget carburant atteint désormais environ 400 euros par mois. Une charge de plus en plus difficile à absorber pour des professionnels déjà confrontés à l’augmentation de leurs autres frais. Les conséquences se font déjà sentir. Selon une enquête publiée par Gaëlle Cannat, un infirmier libéral sur deux aurait déjà été contraint de refuser des patients à cause des coûts de déplacement. Les premiers concernés sont souvent les habitants des zones les plus isolées.
"S’il y a un soin qui est bien payé, on va y aller"
"Ceux qui sont dans des villages isolés, à la montagne, je pense que c’est déjà eux qui paient la facture", alerte-t-elle. Avec la hausse des coûts, certains déplacements deviennent difficiles à rentabiliser. "S’il y a un soin qui est bien payé, on va y aller. S’il y a un soin qui est mal payé, on ne va pas y aller. Et choisir le patient en fonction de ce que rapporte le soin, c’est horrible", poursuit-elle.
Le malaise est profond dans la profession. Christophe Barcelo, président régional du syndicat URPS, confirme l’inquiétude des infirmiers libéraux. "Sur la région, une étude a été faite. On a 60% des infirmiers libéraux qui ne vont pas continuer jusqu’à la fin de leur carrière, jusqu’à la retraite. C’est quand même désastreux", explique-t-il.
Pour ces soignants, l’essence est la goutte de trop. Les carburants augmentent, mais aussi les assurances et l’ensemble des charges professionnelles.