En Argentine, le suicide est devenu la première cause de décès des 15-34 ans, avec un pic historique dans le pays. Ainsi, les familles des défunts et des spécialistes de santé mentale en Argentine alertent sur ce phénomène inquiétant.
Familles de suicidés et spécialistes de santé mentale en Argentine tirent la sonnette d'alarme, à la suite de statistiques récentes attestant un pic historique de suicides dans le pays, devenu la première cause de décès des 15-34 ans.
Selon des données de l'Observatoire de politique criminelle (OPC) et du ministère de la Sécurité en août, les suicides en Argentine ont atteint 5.209 cas recensés en 2025, soit une hausse de 22,6% par rapport à l'année précédente.
Une "grave situation sanitaire et sociale"
Avec 11,8 suicides pour 100.000 habitants, l'Argentine reste loin derrière un pays comme l'Uruguay (19%). Mais c'est la tendance qui inquiète. Depuis le début en 2017 du décompte de l'OPC, les cas ont augmenté de 57,6%. Avec une hausse marquée depuis 2021 dans la foulée de la pandémie.
Il y a quelques jours, l'Association argentine de santé mentale (AASM) a exprimé sa profonde préoccupation face à ce qu'elle qualifie de "grave situation sanitaire et sociale". "Le suicide est un phénomène complexe et multicausal, et il serait irresponsable (...) d'établir des relations causales linéaires", insiste l'AASM.
"Mais il serait tout aussi irresponsable d'ignorer les conditions sociales, économiques, professionnelles (...) dans lesquelles se produit la souffrance", ajoute-t-elle. Citant entre autres perte d'emploi, précarisation, endettement, difficultés à assurer la vie quotidienne, qui affectent "les liens et les attentes d'avenir".
"Le suicide est multicauses"
À Buenos Aires, plusieurs centaines de personnes, dont nombre de proches de suicidés, ont manifesté le week-end dernier face au Parlement, pour "sensibiliser au suicide, parce que parler, c'est prévenir", y a déclaré à l'AFP Graciela Salazar, mère d'une suicidée en 2023.
"Le suicide est multicauses", a insisté Ariana Villarreal, sœur d'un suicidé. "Mais c'est un fait qu'il existe une dette historique envers la santé mentale en Argentine", ajoutait-elle, dénonçant qu'une infime partie du budget santé soit effectivement allouée à la santé mentale, en deçà des 10% que prévoyait une loi sur la santé mentale de 2010.
Dans la province de Corrientes (nord-est), la législature locale a approuvé fin août une loi visant à installer des barrières, renforcer la vidéosurveillance, l'éclairage, installer des téléphones d'urgence, sur un pont du secteur devenu ces dernières années un haut lieu de suicides.
Selon les chiffres cités à cette session au Parlement provincial, 327 personnes ont été secourues sur ce pont sur le fleuve Paraná depuis trois ans. Dont 105 sauvetages en 2026, tandis que 13 personnes y ont perdu la vie cette année.