Après avoir reconnu 32 départs de feu en Charente entre 2022 et 2023, un homme de 32 ans a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Durant son procès, il a expliqué avoir agi pour attirer l’attention et soulager son "mal-être".
Un trentenaire a été condamné vendredi à 12 ans de réclusion criminelle pour avoir allumé 32 feux en 2022 et 2023 en Charente, une frénésie incendiaire qu'il a expliquée durant le procès par son "mal-être" et une volonté de "faire parler" de lui.
Le verdict, rare pour ce type de faits, est conforme à la peine réclamée jeudi devant la cour criminelle départementale par l'avocat général, David Arnault.
Une "bombe vivante"
"Il mérite une réponse pénale extrêmement sévère", avait déclaré le magistrat lors de son réquisitoire, décrivant l'accusé de 32 ans, père de deux enfants, comme une "bombe vivante", avec un fort risque de réitération.
Les juges ont assorti la condamnation d'un suivi socio-judiciaire avec injonction de soins pendant dix ans, d'une obligation de travailler et d'indemniser les victimes, ainsi que d'une interdiction de résider en Charente et d'exercer une activité dans le milieu forestier.
Pour l'avocate de la défense, Me Gwenaëlle Le Brun, cette peine est "inappropriée" pour son client comme pour les victimes, auxquelles il ne pourra "rien verser durant ses années de détention".
Un préjudice d'environ 2 millions d'euros
"Il prend une peine équivalente à un viol, alors que la reconstruction des victimes n'est pas la même", a-t-elle déclaré vendredi à un correspondant de l'AFP, en précisant cependant que le condamné ne souhaite pas faire appel.
Parmi les faits qui avaient provoqué une psychose dans le sud du département entre juillet 2022 et octobre 2023, et qu'il a tous reconnus, figurent l'incendie d'un massif forestier sur près de 150 hectares, ou l'embrasement d'un bâtiment agricole voisin de son domicile, abritant 1.000 tonnes de paille.
Au total, quelque 2.000 pompiers avaient dû intervenir sur les différents sinistres, dont le préjudice global avoisine deux millions d'euros, alors que durant l'été 2022, les soldats du feu étaient fortement mobilisés par plusieurs incendies majeurs en Gironde voisine.
"Il a toujours cherché à attirer l'attention"
C'est à cette période que le trentenaire allume ses premières mèches, et y prend goût. "Les gens parlaient de moi, je pouvais m'intégrer à la conversation, je connaissais le sujet", a-t-il expliqué à l'experte psychiatre durant l'instruction.
"Il a toujours cherché à attirer l'attention", a souligné devant la cour l'enquêtrice de personnalité, faisant de son interpellation en 2024, avec publication de son nom dans la presse, un moment "jubilatoire" pour l'incendiaire, connu de la justice jusqu'ici pour des cambriolages.
Des expertises accablantes, aux yeux de l'avocat général, pour qui le mis en cause "ne pourra pas changer du tout au tout car son cheminement est tellement ancré".
"Ce n'est pas un monstre ou l'homme irrattrapable qu'on vous a décrit", rétorque Me Le Brun, estimant qu'on a voulu faire de son client "un exemple". "J'ai peut-être un peu trop cherché à ce qu'on parle de moi", concède le trentenaire.
"Ça me soulageait"
Pour expliquer ses passages à l'acte, il évoque un "mal-être" après une enfance marquée par la séparation de ses parents puis les violences d'un beau-père envers sa mère. Adulte, il est confronté à la perte d'un bébé qu'attendait son ex-compagne, à des difficultés financières, et sombre dans l'alcoolisme: "Je buvais des litres de whisky tous les soirs pour oublier tous ces problèmes".
Mettre le feu, "ça me soulageait, ça m'enlevait un poids mais ce n'était pas la bonne solution", poursuit l'accusé. Cette lourde condamnation intervient alors que les incendies battent des records en France cette année, selon le système européen de surveillance des feux (Effis) qui recense près de 100.000 hectares brûlés.
En août, un homme a été condamné à deux ans de prison ferme pour 11 départs de feu dans les Deux-Sèvres et le Maine-et-Loire, tandis qu'une peine de quatre ans ferme a sanctionné un récidiviste dans l'Hérault.