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Elle pensait avoir un cancer du cerveau : après 11 ans de chimiothérapie, une Britannique découvre... qu'elle avait été mal diagnostiquée

[KATERYNA KON / SCIENCE PHOTO LIBRA / KKO / Science Photo Library via AFP]

Diagnostiquée à 21 ans d'une tumeur cérébrale, Becky Jones a suivi 11 années de chimiothérapie avant d'apprendre qu'elle n'avait jamais eu de cancer. Plus de 40 patients accusent aujourd'hui un hôpital britannique de traitements inutiles ou prolongés.

À 21 ans, Becky Jones apprend qu'elle souffre d'une tumeur au cerveau et qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre. Cette Britannique, aujourd'hui âgée de 34 ans, découvre qu'elle n'a en réalité jamais eu de cancer. À l'époque, le professeur Ian Brown, oncologue à l'University Hospital de Coventry, au Royaume-Uni, lui avait diagnostiqué un glioblastome de grade 4, une forme particulièrement agressive de cancer du cerveau. Becky Jones avait alors commencé un traitement au temozolomide (TMZ), un médicament de chimiothérapie.

Selon ses avocats, le médecin lui avait indiqué qu'elle devrait prendre ce traitement toute sa vie, alors que les recommandations prévoient généralement six cycles sur six mois. Malgré plusieurs scanners qui ne semblaient pas confirmer la présence d'une tumeur, le traitement s'est poursuivi pendant plus d'une décennie. "On m'a répété encore et encore que sans la chimiothérapie, je mourrais", raconte-t-elle à la BBC.

Des années de traitement "horribles"

Les conséquences ont été lourdes pour la jeune femme : nausées, douleurs abdominales, aphtes et fatigue chronique. La peur des infections l'a également conduite à éviter les sorties et les réunions familiales. Son permis de conduire a par ailleurs été retiré puis restreint.

Elle avait également été prévenue qu'elle ne pourrait probablement pas avoir d'enfants. Elle est finalement devenue mère de deux enfants. Son traitement a pris fin en 2024, lorsqu'un médecin l'a informée par téléphone que sa chimiothérapie allait être arrêtée, sans lui donner davantage d'explications.

C'est finalement en mai 2025, après une nouvelle analyse de son dossier par des neurochirurgiens et des radiologues mandatés par ses avocats, que Becky Jones a appris qu'elle n'avait jamais souffert d'un cancer.

Elle était en réalité atteinte d'une démyélinisation tuméfactive, une inflammation du cerveau qui peut notamment être traitée avec de fortes doses de corticoïdes. "Je n'ai jamais eu de tumeur au cerveau. J'ai été mal diagnostiquée et j'ai subi tous ces traitements pendant la majeure partie de ma vie adulte, sans aucune raison", dénonce-t-elle.

Plus de 40 patients concernés

Becky Jones fait partie de plus de 40 patients qui ont engagé des poursuites contre le University Hospitals Coventry and Warwickshire (UHCW) NHS Trust, l'établissement auquel était rattaché le professeur Brown. D'autres patients affirment eux aussi avoir reçu du TMZ pendant plusieurs années. L'un d'eux estime que le traitement a provoqué son infertilité, tandis qu'un autre a développé une leucémie après avoir subi une centaine de cycles de chimiothérapie jugés inutiles.

Une enquête préliminaire du Royal College of Physicians (RCP), qui désigne le professeur Brown sous le nom de "Dr Y", a examiné 20 dossiers. Quinze ont été jugés "globalement insatisfaisants". Le rapport estime notamment que certains patients ont reçu des traitements prolongés avec "peu ou pas de preuves de bénéfice". Il pointe également une "curiosité clinique insuffisante" et un manque de collaboration entre les différents professionnels de santé, qui auraient permis à de potentielles erreurs de diagnostic de perdurer.

L'UHCW assure avoir réévalué tous les patients concernés et mis en place des plans de soins adaptés. L'établissement indique également avoir renforcé la supervision de la prescription et de l'utilisation du TMZ. Le professeur Ian Brown, désormais retraité, n'a pas répondu aux sollicitations de la BBC.