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Battle d'«aura farming» : comment cette tendance née sur TikTok gagne les rues

[© Gerardo Vieyra / NurPhoto / NurPhoto via AFP]

Nées en Amérique latine, les battles d'"aura farming" transforment mèmes et poses virales de TikTok en compétitions de rue. Un phénomène qui s'exporte avec son propre vocabulaire et qui rappelle d'autres modes générationnelles telles que la tecktonik ou Pokémon Go.

Reprises de mèmes, poses virales et gestes iconiques d'internet : les battles d'"aura farming" transforment les codes de TikTok en véritable compétition de rue. Le phénomène, né en Amérique latine, gagne désormais l'Europe, portant avec lui tout un vocabulaire à décrypter.

Deux adolescents se font face, entourés d'une foule qui filme la scène avec son téléphone. Ici, pas de coups, pas de rimes improvisées, ni de battle de danse classique : pour gagner, il faut simplement montrer qui possède le plus "d'aura".

Le terme mêle deux univers bien différents. Sur les réseaux sociaux, "l'aura" désigne le style, l'attitude ou le charisme qu'une personne dégage sans effort apparent. "Farmer", lui, vient du jeu vidéo, où il désigne le fait de répéter des actions pour accumuler des points. Ensemble, l'expression décrit l'art de paraître cool, stylé ou populaire, presque sans y toucher.

"Il l'a mog" : quand dominer devient un jeu de mots

Autre expression indissociable de cette culture web : le verbe "mog", contraction de "mogging". À l'origine, le terme vient du milieu du "looksmaxxing", cette tendance consistant à optimiser son apparence physique. "Mogger" quelqu'un, c'est littéralement l'éclipser, le surclasser physiquement ou en termes de prestance, au point de le rendre invisible à ses côtés.

Sur les réseaux, l'expression s'est largement élargie : on peut "mog" quelqu'un par son style, son assurance ou, comme dans les battles d'aura farming, par la qualité d'une pose ou d'un geste. Dire "il l'a mog" revient donc à dire que l'un des participants a totalement écrasé son adversaire en termes de charisme et d'impact visuel, sans même avoir besoin de s'exprimer. Un vocabulaire qui, comme celui de l'aura, s'exporte aujourd'hui du langage des réseaux sociaux jusque dans la rue.

Des battles organisées dans plusieurs pays

Nées au Mexique, en Argentine, au Brésil, au Pérou ou encore en Bolivie, ces compétitions rassemblent des jeunes de 14 à 20 ans, qui s'affrontent à coups de poses et de reprises de mèmes viraux. 

"Celui qui se montre le mieux, se vante le plus, provoque le plus de rires et a le plus confiance en lui gagne", résume Aldhir Gonzalez, organisateur d'une de ces compétitions, auprès de CNN.

Le phénomène a même atteint le monde du football professionnel, le club argentin Boca Juniors ayant surfé sur la tendance sur les réseaux sociaux. Mais toutes les générations ne perçoivent pas ces battles de la même manière. Certains adultes y voient un appauvrissement de la culture populaire, allant jusqu'à l'interdiction pure et simple dans certaines villes.

Le phénomène n'a pourtant rien d'inédit. Chaque génération a connu ses propres modes fédératrices, portées par la culture populaire du moment. La Tecktonik et ses battles de danse dans les années 2000, l'engouement mondial pour Pokémon Go en 2016 ou encore les cartes Pokémon, les Pog et les Beyblade dans les cours de récré ont suscité les mêmes interrogations chez les adultes, avant de devenir des souvenirs générationnels. Les battles d'aura farming s'inscrivent dans cette même lignée, avec les codes propres à l'ère de TikTok.

D'autres experts soulignent d'ailleurs les bénéfices de ces rencontres. Pour la psychologue vénézuélienne Maria Eugenia Tovar auprès d'Euronews, ces compétitions "encouragent les échanges en face-à-face entre adolescents", une génération pourtant habituée à nouer des liens principalement via les écrans.