Depuis la mi-août, une campagne en faveur de l'excision apparue au Mali, et soutenue notamment par certains imams, fait émerger sur les réseaux sociaux un discours de légitimation de cette pratique. Les autorités s'inquiètent de voir ces messages gagner du terrain alors que dans le même temps, le nombre de femmes excisées vivant sur le territoire aurait doublé ces 10 dernières années.
C'est un phénomène que les services de police surveillent de près : le retour d'un discours ouvertement favorable à l'excision sur les réseaux sociaux. Depuis le mois d'août, des internautes d'origine malienne et vivant en France relaient une campagne présentant cette mutilation génitale comme nécessaire à la protection ou à la respectabilité des filles et des femmes.
"Je suis pro-excision, j'attends ma plainte"
En trois semaines, cette campagne s'est transformée en guerre numérique, avec pour épicentre le Mali, seul pays de la sous-région où l'excision n'est pas explicitement interdite par la loi.
Sur TikTok, un internaute, qui se revendique, annonce à ses centaines d'abonnés qu'il compte faire exciser sa fille de 18 mois lors des vacances à l'étranger. Un choix qu'il justifie.
"C'est culturel chez moi. On m'a toujours dit qu'une femme excisée est plus propre qu'une femme qui ne l'est pas. Donc, moi, j'aime ma fille, j'ai envie qu'elle soit propre au regard des gens et je vais le faire sur elle". Un autre internaute assume lui aussi son positionnement et fait la promotion de la pratique bien que cela soit puni par la loi : "Je suis pro-excision, oui, j'attends ma plainte".
Critique de l'Occident
Et certains vont encore plus loin. Un influenceur explique à sa communauté que "l'excision est une vision de l'Islam et des femmes" et que "l'Occident déploie des stratégies pour l'abandon de la pratique".
Dans ses publications, l'interdiction de l'excision en France serait, selon lui, raciste, impérialiste et colonialiste. Il s'en prend également à la gauche et dénonce ce qu'il appelle "la médecin blanche", accusée d'agir au service d'une politique islamophobe sous couvert du progressisme.
Ces discours inquiètent d'autant plus les autorités que près de 140.000 femmes excisées vivraient en France, dont environ 10.000 mineures. Le nombre de femmes concernées aurait doublé en dix ans. Avec les réseaux sociaux, les associations redoutent désormais une nouvelle banalisation de cette pratique auprès des jeunes générations.
En France, le cadre juridique est pourtant clair : l'excision est un crime. Lorsqu'elle est pratiquée sur une mineure de moins de 15 ans, ses auteurs, ainsi que les parents rendus complices, encourent jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.