Quatre casernes de sapeurs-pompiers de la Métropole de Lyon et du Rhône ont été cambriolées en une dizaine de jours. Ce vol de matériel, essentiel aux opérations de secours, inquiète un syndicat qui alerte sur les risques pour la sécurité des interventions et appelle à mieux protéger ces lieux.
Les cambriolages se sont succédés à Pusignan dans la nuit du 6 au 7 août, quelques jours plus tard à Saint-Bonnet-de-Mure dans la nuit du 9 au 10 août, puis à Vaugneray le week-end suivant et à Fontaines-sur-Saône le 18 août. Le matériel dérobé n'a rien d'anodin. Il s'agit d'équipements essentiels aux opérations de secours, ce qui inquiète le syndicat SUD.
Dans la remise d'une caserne de Villeurbanne, encore épargnée, cisailles, vérins, scies ou encore disqueuses sont rangés dans les coffres d'un fourgon. Des outils similaires à ceux dérobés dans les casernes visées. Valentin Violet, porte-parole du syndicat SUD, détaille la puissance de ce matériel.
"On a un écarteur, c'est une pince qui peut écarter plusieurs tonnes de matière. Ce sont des outils qui ont une puissance développée telle que l'usage est infini. Ça va peut-être servir à faire des braquages. Une personne mal intentionnée pourrait très bien s'en servir pour ouvrir une porte de garage, une porte de maison", alerte-t-il.
Un matériel spécialisé qui n'équipe pas toutes les casernes. Pour Valentin Violet, la nature des équipements dérobés laisse penser que les auteurs savaient ce qu'ils recherchaient. "On a conscience que ce sont des gens qui sont bien informés. C'est inquiétant parce qu'on se dit jusqu'où ils vont voler le matériel et combien de casernes vont se faire voler", s'alarme-t-il.
Le préjudice de ces cambriolages s'élève à plus de 42.000 euros. Mais au-delà du montant, c'est surtout la nature du matériel volé qui inquiète : des outils de désincarcération indispensables aux secours.
"Des vies qui sont menacées"
"Ce matériel sert à sauver des vies. Ça sert à sortir quelqu'un d'une voiture quand il est incarcéré. Il n'y en a pas dans toutes les casernes", rappelle le syndicaliste. Et de préciser : "Si on retire à une caserne ce matériel-là, la caserne d'après est peut-être à 20, 30, 40 minutes, voire une heure. Là, ce sont vraiment des vies qui sont menacées."
Des équipements qui ne servent d'ailleurs pas uniquement lors des accidents de la route. "Quelqu'un qui est coincé dans son appartement, intoxiqué ou qui menace de brûler. Ces outils permettent d'ouvrir une porte. C'est un vol avec des conséquences humaines derrière", insiste le sapeur-pompier professionnel à Villeurbanne.
Le syndicat s'interroge également sur la sécurisation des casernes face aux intrusions, notamment lors des départs en intervention. "Là, on a une porte qui s'ouvre, les collègues vont partir avec le camion. Et après, il y aura un delta d'une trentaine de secondes. C'est suffisant pour que quelqu'un s'infiltre sous la porte le temps qu'elle se ferme", explique Valentin Violet.
Réfléchir à de nouveaux moyens pour mieux sécuriser ces lieux
Une vulnérabilité qui peut être accentuée lorsque tous les effectifs doivent quitter la caserne. "On espère avoir toujours un peu de présence, mais il y a des fois où tous les pompiers sont obligés de partir en intervention, notamment sur un gros accident ou un gros feu", poursuit-il.
D'autant que les casernes qui fonctionnent uniquement avec des sapeurs-pompiers volontaires ne sont pas occupées en permanence. Face à cette série de cambriolages, le syndicat appelle désormais à réfléchir à de nouveaux moyens pour mieux sécuriser ces lieux.
"Est-ce qu'il faut mettre plus de caméras ? Des patrouilles des forces de l'ordre qui passent plus régulièrement ? Est-ce qu'il faut développer des technologies qui permettraient de désactiver ces outils à distance ?", s'interroge le sapeur-pompier professionnel.
Après un été marqué par une forte mobilisation des pompiers, notamment sur les feux de forêt, ces vols laissent aussi un goût amer. "On se sent désabusé, presque triste de se dire qu'on n'est pas protégé", confie Valentin Violet.