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Cyberattaques : père de famille, jeune de 15 ans, maraîcher... Les surprenants profils des pirates, selon le hacker éthique SaxX

Les profils des hackeurs sont loin d'être uniformes selon SaxX. [© Europe 1]

Le hacker éthique Clément Domingo, alias SaxX, détaille sur Europe 1 le fonctionnement des réseaux derrière les cyberattaques, leurs profils très variés et les sommes colossales générées par cette "troisième économie" mondiale.

Clément Domingo, alias SaxX, hacker éthique, révélait il y a quelques jours dans la matinale d'Europe 1 être entré en contact avec les auteurs présumés de l'attaque contre le site du fisc. "Ils disent être au nombre de deux, mais forcément, ils font aussi un peu de bluff, on ne peut pas savoir s'ils sont un ou deux", précise-t-il.

Le hacker éthique explique discuter depuis des années avec des cybercriminels. "Ça fait des années que je discute avec des cybercriminels, et discuter avec eux, on apprend beaucoup. Il y a aussi un aspect psychologique", raconte-t-il, évoquant une négociation de deux semaines menée pour un grand groupe piraté.

"Négocier avec des cybercriminels, c'est comme si vous négociez avec des preneurs d'otages", compare-t-il. Il découvre alors que son interlocuteur mène une double vie ordinaire : "Le mec derrière celui qui négocie avec moi, il a vraiment une famille, tous les matins il allait déposer sa fille, il avait un petit boulot à côté, et il était un peu rentré dans ça de fil en aiguille". Selon lui, ce type de profil peut attaquer "jusqu'à 100 cibles" par mois, dont environ la moitié "payaient en bitcoin, en cryptomonnaie".

"La troisième économie" mondiale

Pour SaxX, le cybercrime est devenu plus rentable et moins risqué que le trafic de drogue. "J'ai cette formule aujourd'hui qui est terrible : en 2026 et pour les années à venir, mieux vaut être un cybercriminel que de vendre de la drogue", affirme-t-il. 

"Vendre de la drogue, c'est risqué, on sait où tu es, on peut venir te chercher. Alors que quand tu es cybercriminel, quand tu n'es pas trop mauvais, tu peux te retrouver à l'autre bout du monde et attaquer des entreprises partout", souligne SaxX.

Le recrutement fonctionne selon lui sur un modèle proche de la franchise : "Ils viennent te voir et te disent : moi j'ai absolument tout, je te donne les outils, mes méthodologies, les systèmes de contournement. Toi, tu rentres juste, tu mets le logiciel, on pique les données, on demande une rançon. Si on demande 100.000 ou 1 million, moi je garde 20% de la somme, et toi tu prends 80%". 

Le groupe russophone Lockbit en est l'exemple emblématique : "Le mec à la tête de ça avait 33 ans, il s'est fait 500 millions d'euros" entre juin 2024 et décembre 2025, précise-t-il, résumant : "Aujourd'hui, sincèrement, le cybercrime, c'est la troisième économie".

Les profils des hackeurs sont loin d'être uniformes. "L'Agence nationale des titres sécurisés, ça a été fait par un jeune de 15 ans", raconte SaxX, qui évoque aussi le cas d'"un jeune vendéen de 21 ans, maraîcher d'origine, qui n'a même pas de connaissances" et a pourtant mené une centaine de cyberattaques.

"Ça ne peut pas continuer", alerte le hacker éthique

Clément Domingo dresse un constat alarmant. "On a des gens bons, on a des gens qui savent faire, et pour autant, semaine après semaine, ça dure depuis 24 mois", déplore-t-il. "Dites-vous qu'ici, autour de la table, et tous nos auditeurs, ils ont au moins entre 3, 4 à 5 fuites de données sur ces derniers mois, sur ces dernières années".

Il appelle à prendre du recul face aux débats sur l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs. "Pour venir interdire un réseau social à un mineur, il faut qu'on puisse contrôler l'entièreté de la population, donner une pièce d'identité pour justifier de son identité. Il arrive quoi le jour où ce type de plateforme se fait pirater ? On a peut-être besoin de prendre un peu plus de hauteur", conclut-il.