"C'est un jeu qui soude dans la souffrance" : pourquoi aime-t-on autant le football ?

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Laurent Kouchner et Hervé Mathoux étaient les invités de Philippe Vandel, vendredi. 5:57
Laurent Kouchner et Hervé Mathoux étaient les invités de Philippe Vandel, vendredi. © Capture d'écran Europe 1
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Pourquoi le foot est-il aussi populaire dans le monde ? Hervé Mathoux, présentateur du Canal Football Club sur Canal + et Laurent Kouchner, le réalisateur de ce film intitulé "C'est pas grave d'aimer le football", tentent, dans un documentaire diffusé dimanche à 21 heures sur Canal +, de répondre à cette question.
INTERVIEW

C'est un documentaire étonnant que propose Canal +, dimanche à 21 heures. C’est pas grave d’aimer le football nous plonge dans le monde du ballon rond, depuis ses origines, pour expliquer pourquoi il séduit autant à travers le monde. Hervé Mathoux, journaliste et présentateur du Canal Football Club sur Canal + et Laurent Kouchner, le réalisateur du film, expliquent sur Europe 1 les principaux enseignements de leur travail.

Le foot a beau être un sport collectif, à l'origine de ce documentaire, subsiste une interrogation très personnelle. "Quand on baigne dans le foot depuis longtemps, quand on voit toutes les scories qui le traversent (la violence, la triche, la corruption, le racisme, l'homophobie etc) parfois, on se demande : 'Est-ce que j'ai consacré ma vie professionnelle à un sport de beaufs ?'", raconte Hervé Mathoux.

Pour répondre à cette question, les deux passionnés de foot ont fait appel à des intellectuels, qui répondent par la négative dans leur documentaire. 

Un sport de challenge 

Au Brésil, Hervé Mathoux et Laurent Kouchner ont ainsi rencontré un anthropologue, Roberto Da Matta qui, avant de s'intéresser au foot, a étudié les rites des tribus amazoniennes. Selon lui, le football est aussi populaire car il récuse une part de notre humanité : l'usage des mains. "Nous sommes des homo sapiens qui travaillons avec les mains. C'est ce qui nous caractérise par rapport aux animaux. Or, à un moment donné, à la fin du XXe siècle et au début du XXe siècle, les gens décident de faire un sport où ils n'utilisent pas ce avec quoi on est le plus habiles", commente Hervé Mathoux.

Autre intellectuel interviewé : le sociologue franco-allemand Albrecht Sonntag, pour qui le football consiste en une succession de ratages. "Le football est un jeu où 22 personnes essayent de faire quelque chose qu'elles ne savent pas faire. Il y a échec sur échec", affirme le sociologue dans le documentaire."L'action qui réussit vraiment, c'est l'exception. La règle c'est le ratage, donc c'est un jeu pendant lequel celui qui est venu voir son spectacle favori ne fait que souffrir avec quelques ponctuations de jubilation quand ça se passe bien. C'est un jeu qui soude dans la souffrance."

Hervé Mathoux partage ce point de vue, qu'il estime "assez puissant". "C'est le symbole de la vie. On sait que l'on va mourir. On est confronté à plein d'échecs toute notre vie mais les petits moments de bonheur suffisent à nous faire survivre", explique-t-il. 

Pourquoi soutient-on quasiment toute sa vie une équipe de foot ? Pour répondre à cette question, les journalistes se sont appuyés sur le travail d'un chercheur en neurosciences. "Les zones qui entraient en interaction avec le cerveau quand on est supporter d'une équipe de football sont les mêmes que celle qui entrent en action lors de relations familiales", précise Laurent Kouchner. "Autrement dit quand vous supportez une équipe, c'est comme si vous supportiez votre famille."

Le stade : un lieu de défoulement 

Le sociologue Christian Bromberger explique aussi que le stade est le dernier lieu dans notre monde moderne où on peut se lâcher de manière anonyme. "La fonction carnavalesque du foot est très importante", commente Hervé Mathoux. "Il faut accepter cette dimension échappatoire dans le football sans cautionner toutes les violences que l'on peut voir dans les stades", poursuit-il en faisant référence aux chants homophobes que l'on peut entendre dans les stades. Pourtant, l'ambiance dans les tribunes peut aussi, selon lui, avoir une fonction moins sombre voire politique. "En Argentine, il y a eu des cris contre la dictature pendant la Coupe du monde en 1978", illustre enfin Hervé Mathoux.

Europe 1
Par Tiffany Fillon