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Un «viol démocratique» : comment Ursula von der Leyen compte intégrer l’Ukraine à l’UE, selon l’analyste stratégique Fréderic Bascuñana

Avec ses récentes déclarations, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est en train de préparer l'UE à être cobelligérant dans le conflit russo-ukrainien, selon l'analyste stratégique Fréderic Bascuñana. Il détaille son analyse au micro de "Christine Kelly et vous". 

Elle estime que l'Europe doit passer "à la vitesse supérieure". Lors de la Conférence sur la sécurité de Munich (13-15 février), la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a affiché sa volonté d'une Europe forte, qui doit "s'affranchir de tous les tabous", notamment l'utilisation de "la clause de défense mutuelle", un engagement collectif des pays membres de l'UE à se défendre en cas d'agression. 

Un rappel de sa volonté d'engagement qui coïncide avec un déplacement d'Ursula Von der Leyen en Ukraine pour les quatre ans de la guerre. L'occasion d'une "nouvelle preuve de la solidarité de l'Union européenne" avec Kiev depuis le début de l'invasion russe en février 2022, a affirmé Paula Pinh, la porte-parole de la présidente. 

"Un embarquement low-cost de l'Ukraine avec une procédure accélérée"

Mais derrière ces déclarations et cette activité, Ursula von der Leyen prépare un peu plus l'UE à entrer en guerre contre la Russie, affirme dans Christine Kelly et vous, l'analyste stratégique Fréderic Bascuñana.

"Ursula von der Leyen nous dit qu'il faut maintenant rentrer dans la logique accélérationniste, que bientôt nous nous préparions à faire entrer l'Ukraine dans l'Europe avec comme date butoir 2027. On peut s'interroger sur cette date", pointe l'expert pour qui "il y a quelque chose qui cloche". 

"On n'est pas dans les dispositifs tels qu'ils ont été et élaboré pour faire entrer un nouveau pays dans l'Europe. On est dans une logique qui consiste à faire un embarquement low-cost de l'Ukraine avec une procédure accélérée. D'ailleurs, ils ont, pour cette raison-là, complètement changé les techniques d'admission d'un nouveau pays dans l'Union européenne."

"Ça crée une sorte de premier effet cliquet [phénomène qui empêche le retour en arrière d'un processus une fois un certain stade dépassé, ndlr] qui sature en quelque sorte l'espace médiatique et notre capacité psychique à absorber ces informations, parce que les politiques n'ont pas le temps d'organiser une riposte à ce type d'annonce. C'est très dur de se structurer."

La clause de défense mutuelle

Mais ce n'est pas tout selon Fréderic Bascuñana : "Il y a un deuxième effet cliquet qui s'enchaîne dans cette technique de communication et de préparation des esprits, qui est que les gens vont commencer à entendre parler du fameux article 42,7 de la Constitution européenne qui est la clause de défense mutuelle. Donc les gens vont commencer à se dire, 'mais attendez, si l'Ukraine rentre dans l'Europe, on va devoir être cobelligérant'."

Un procédé qui se complète in fine par un "troisième effet cliquet" que l'analyste stratégique définit comme "viol démocratique par excellence". Il s'agit du "moment où von der Leyen nous dit que nous n'avons pas besoin de modifier les traités pour ça. Il faut que les gens mesurent l'énormité de cette phrase. Donc pas besoin de modifier les traités pour ça, l'entrée de l'Ukraine dans l'UE et donc pour notre futur statut de cobelligérant."

"On est sur quelque chose de vertigineux, quand on mesure vraiment le viol démocratique dont il s'agit", insiste encore Fréderic Bascuñana qui rappelle qu'en temps normal, "l'entrée d'un pays au sein de l'Union européenne impliquerait l'unanimité. Et maintenant, on va pouvoir se concentrer sur ce qu'ils appellent les 'clauses passerelles' qui permettent donc d'accélérer l'entrée de l'Ukraine."