Trois questions sur le procès en destitution de Donald Trump, qui s'ouvre aujourd'hui

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L'ex-président américain ne sera pas présent à son procès en destitution (photo d'illustration). 1:44
L'ex-président américain ne sera pas présent à son procès en destitution (photo d'illustration). © MANDEL NGAN / AFP
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Trois semaines après avoir quitté le pouvoir, le président américain ne sera pas présent à son procès en destitution, qui s'ouvre mardi devant le Sénat. L'ancien chef d'Etat est accusé "d'incitation à l'insurrection" après les émeutes du Capitole, mais a très peu de chances d'être condamné. 
DÉCRYPTAGE

Trois semaines après son départ de la Maison-Blanche, voilà Donald Trump à nouveau au cœur de l'actualité. Le procès en destitution de l'ancien président américain, accusé d'"incitation à l'insurrection", après les émeutes du Capitole, à la fin de son mandat, s'ouvre mardi devant le Sénat. Impossible, pour l'instant, de dire combien de temps durera ce rendez-vous judiciaire historique : l'an dernier, le premier procès en destitution contre le milliardaire. Mais cette fois, Républicains et Démocrates veulent aller vite, dans un contexte encore tendu. Europe 1 fait le point. 

 

 

A-t-on déjà vu un tel procès ? 

Non, un ancien président américain n'a jamais été jugé en destitution après son mandat. L'argument est d'ailleurs repris depuis plusieurs jours par une grande partie des sénateurs républicains. "Nous n'avons jamais mis en accusation un président une fois qu'il avait quitté le pouvoir. Je pense que c'est une très mauvaise idée. Cela signifie qu’aux yeux de la plupart des républicains, cet impeachment n’est pas conforme à la constitution", a par exemple estimé Lindsay Graham, proche de Donald Trump, invitée de la chaîne CBS dimanche.

 

Si la procédure est inédite pour un président, il est déjà arrivé qu'un ancien responsable politique soit jugé en destitution après avoir quitté ses fonctions, nuance toutefois Didier Combeau, auteur d'Etre américain aujourd’hui (Ed. Gallimard). "C'est arrivé en 1876, le secrétaire à la guerre avait touché des bakchichs, il a été mis en accusation et il a démissionné", raconte-t-il au micro d'Europe 1. "Mais le Sénat l'a tout de même jugé, parce qu'il était considéré que ce serait trop facile de démissionner dès qu'on est mis en accusation" pour échapper à la justice. 

Donald Trump y assistera-t-il ? 

Non, l'ancien chef d'Etat va rester dans son club de Mar A Lago en Floride et sera représenté par une équipe d’avocats, qui estiment que ce procès est "une mise en scène dangereuse pour la démocratie" et ne respecte pas la Constitution américaine, justement car Donald Trump n’est plus président des Etats-Unis. Venir au procès aurait été "un eu contradictoire avec la ligne de défense" du milliardaire, souligne Didier Combeau. "Puisqu'elle consiste à dire qu'il est anticonstitutionnel de le juger…"

Pourtant, ce procès "essentiellement symbolique" pourrait être lourd de conséquences pour l'ex-président, souligne le spécialiste. "Si le Sénat vote cette condamnation, il pourra ensuite voter sa non-éligibilité et il ne pourrait plus de représenter aux élections de 2024."

A-t-il des chances d'être condamné ? 

Mais dans les faits, l'ex-président a peu de chances d'être destitué a posteriori. Pour cela, le Sénat devrait le condamner à une majorité des deux tiers. Or, il est composé de 50 Démocrates - qui devraient donc voter pour - et de 50 Républicains… dont 17 devraient donc voter contre Donald Trump pour valider la condamnation. "C'est très improbable", juge Didier Combeau, qui estime que l'ancien chef d'Etat "continue à avoir beaucoup de poids dans son camp". 

 

Pour tenter de faire basculer la balance, les Démocrates espèrent montrer, grâce à des vidéos, le lien entre les mensonges de Donald Trump et l'attaque du Capitole. La défense entend, elle, invoquer la liberté d’expression pour expliquer le droit du président de douter et de contester les résultats des élections.

Les deux partis se sont en tous cas mis d’accord sur des règles : les discussions devraient durer quatre heures ce mardi, puis chaque camp aura 16 heures de temps de parole d’ici vendredi soir, avant une reprise du procès dimanche.

Europe 1
Par Alexis Guilleux, édité par Margaux Lannuzel