Theresa May sous la menace d'un putsch de son gouvernement

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Une Sunday Times
Le Sunday Times annonçait dimanche, en même temps que d'autres journaux britanniques, que plusieurs ministres préparaient un "putsch" contre Theresa May. © Capture d'écran
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Selon la presse locale, les europhiles et les pro-Brexit du cabinet de la Première ministre britannique manœuvrent pour la remplacer au plus vite.
REVUE DE PRESSE

On l'a dite proche du départ si souvent, prédictions toujours démenties jusqu'ici, qu'il est difficile d'y croire une nouvelle fois. Pourtant, la presse britannique bruisse depuis ce week-end de la rumeur d'une démission cette semaine de Theresa May. Plus affaiblie que jamais alors qu'un million de personnes (selon les organisateurs) ont défilé ce week-end dans les rues de Londres pour réclamer un nouveau référendum sur le Brexit, et qu'une pétition en ce sens a dépassé les cinq millions de signatures, la Première ministre britannique pourrait bien être poussée vers la sortie par son propre gouvernement. En coulisses en effet, les deux camps qui composent son cabinet, l'un pro-Brexit et l'autre plus europhile, s'affairent pour la remplacer.

" Lors d'une suite effrénée de coups de téléphone privés, des ministres vétérans se sont mis d'accord sur le fait que la Première ministre devait annoncer son retrait. "

"Qu'elle laisse la place".Selon le Sunday Times, au moins onze de ses ministres conspirent pour que Theresa ne voit pas le mois de mai. "Ils veulent qu'elle laisse la place à quelqu'un d'autre", écrit l'édition du dimanche du Times. "Lors d'une suite effrénée de coups de téléphone privés, des ministres vétérans se sont mis d'accord sur le fait que la Première ministre devait annoncer son retrait. [Selon eux], elle est devenue un personnage toxique et 'erratique', dont le jugement 's'est détraqué'." Le journal estime donc que "la fin est proche". "Elle sera partie dans dix jours."

Lidington et Gove dans les starting-blocks. La moitié des ministres putschistes, pro-européens, s'organisent autour de David Lidington, actuel numéro deux du gouvernement. Objectif : que cet ancien ministre de l'Europe de David Cameron assure un intérim, pendant lequel il pourrait négocier, en accord avec l'opposition travailliste, un Brexit "doux".

L'autre moitié, eurosceptique, serre les rangs autour de l'actuel ministre de l'Environnement, Michael Gove. "Les Brexiters qui ne peuvent digérer que ce Remainer [partisan du maintien du Royaume-Uni dans l'UE] méconnu arrive au pouvoir dans un moment aussi crucial pour le Brexit complotent pour installer Michael Gove au lieu [de David Lidington]", écrit le Daily Mail on Sunday.

"Frustrés et désespérés". David Lidington comme Michael Gove ont nié toute velléité de remplacement ce week-end. "Si travailler auprès d'elle produit un effet, c'est de vous guérir de la moindre ambition de vouloir être à sa place", a tranché le premier. "Ce n'est pas le moment de changer de capitaine", a renchéri le second. Mais le ministre de l'Économie, Philip Hammond, donné comme un soutien de David Lidington, a également concédé sur Sky News que certains responsables politiques étaient "très frustrés et désespérés de trouver une issue dans les deux semaines qui nous restent".  De fait, alors que la date initiale du Brexit était prévue ce vendredi, Theresa May a obtenu de l'Union européenne un délai jusqu'au 12 avril. Prévu cette semaine, un nouveau vote sur son projet d'accord devrait être repoussé afin de profiter de ces quinze jours supplémentaires pour gagner de nouveaux soutiens au Parlement.

" L'autorité de la Première ministre a peut-être été complètement érodée, mais il serait improbable de comploter maintenant. "

Pas le bon timing ? Selon le Sunday Times, la Première ministre devrait être confrontée par ses équipes dès lundi. Mais du côté de Downing Street, on affiche une grande sérénité. "On sait que c'est réaliste lorsque deux journaux du dimanche obtiennent des détails quasi identiques et que personne ailleurs ne flaire le moindre truc", a déclaré, ironique, une source interne au Guardian. Et ce quotidien d'estimer que le timing n'est pas idéal pour fomenter un putsch. "L'autorité de la Première ministre a peut-être été complètement érodée, mais il serait improbable de comploter maintenant, alors qu'elle est en train de négocier avec Boris Johnson." De fait, Theresa May a promis la semaine dernière à l'ancien leader des pro-Brexit qu'elle démissionnerait si les députés de son camp acceptaient de soutenir l'accord qu'elle négocierait. Cela pourrait inciter les complotistes à faire preuve d'un peu de patience.