Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, la menace islamiste n’a pas disparu. Mais les préoccupations stratégiques occidentales se portent désormais aussi sur des puissances étatiques comme l’Iran. Pour le géopolitologue Frédéric Encel, invité ce vendredi d'Europe 1 matin, il ne s’agit pas d’un renversement, mais de "deux fronts de nature différente".
Les images du 11 septembre 2001 avaient placé le terrorisme islamiste au cœur des préoccupations des États-Unis et de leurs alliés. Vingt-cinq ans plus tard, le paysage stratégique s’est profondément transformé. Si des organisations comme Al-Qaïda ou Daesh demeurent une menace, l’attention occidentale se concentre également sur l’Iran, adversaire stratégique des États-Unis et d’Israël.
Invité d’Europe 1 matin ce vendredi, Frédéric Encel refuse toutefois de parler d’un "renversement" entre une menace sunnite hier et une menace chiite aujourd’hui. "Je parlerais plutôt de deux fronts de nature différente et de deux menaces de nature différente", explique le docteur en géopolitique, professeur à Sciences Po Paris et à la Paris School of Business.
La principale différence tient à la nature même des acteurs. Malgré son soutien à plusieurs mouvements armés dans la région, l'Iran demeure avant tout une puissance étatique, avec les logiques et les intérêts propres à un État. À l'inverse, Al-Qaïda puis Daesh relèvent d'une autre catégorie d'acteurs : celle des organisations terroristes transnationales.
Une menace toujours présente, mais transformée
Pour Frédéric Encel, la séquence ouverte par le 11-Septembre n'est d'ailleurs pas totalement refermée. L'islamisme radical n'a pas disparu et Al-Qaïda continue d'exister. Mais son bilan reste, selon lui, largement négatif.
"L'islamisme a, pour l'instant, largement échoué", estime le géopolitologue. Aucun attentat comparable à celui du 11 septembre 2001 n'a de nouveau frappé les États-Unis et la tentative de Daesh de bâtir une forme d'État au Moyen-Orient "a fait long feu", poursuit-il.
L'expert met également en garde contre l'idée d'un bloc islamiste homogène. Entre sunnites et chiites, mais aussi entre organisations rivales comme Al-Qaïda et Daesh, les divisions sont nombreuses.
Vingt-cinq ans après le 11-Septembre, la menace terroriste demeure donc une réalité. Mais elle cohabite désormais avec d'autres défis stratégiques, portés cette fois par des États constitués. Un changement qui oblige les puissances occidentales à penser simultanément deux types de menaces, de nature profondément différente, conclut le géopolitologue.