Syrie : "Nous avons dépassé il y a bien longtemps les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

Alors que 46 camions doivent apporter lundi des médicaments et des vivres dans la région assiégée de la Ghouta orientale, le régime continue de bombarder les civils qui vivent dans cette zone. 

INTERVIEW

"Le chlore est utilisé tous les jours en Syrie comme une arme contre la population, contre des femmes, contre des enfants". Au micro d'Europe 1 Bonjour, Bassma Kodmani, politique et membre de la négociation syrienne rappelle la violence du régime syrien contre cette région de 400.000 habitants, alors que l'ONU doit envoyer lundi un convoi humanitaire de 46 camions, à près de 27.500 personnes. Pour la Franco-syrienne, "les résolutions de l'ONU ne servent à rien".

Des actes à la place des paroles. "Le problème n'est pas quelques convois humanitaires, notre problème est d'arrêter totalement une offensive militaire sur une zone de 400.000 habitants où le Conseil de sécurité de l'ONU vote une trêve et la regarde ensuite se faire violer". Alors que 34 civils ont été tués, dimanche 4 mars, sous les bombes du régime syrien, Bassma Kodmani est claire : "Il faut une réaction autre que des déclarations. Tous les jours, nous avons un appel de Trump, Merkel, Macron ou Theresa May à Vladimir Poutine qui ne semblent avoir aucun effet. Si on se contente de paroles, nous n'arriverons à rien", résume-t-elle.

Le prétexte des djihadistes. "Si nous pensons qu'il y a une solution militaire pour la Syrie, nous allons observer un massacre qui ne s'arrêtera pas", prévient la politologue. Alors pourquoi la communauté internationale ne s'engage pas au-delà de résolutions ? Pour Bassma Kodmani, "on a décidé de laisser le problème se régler militairement, mais il ne le sera pas". Est-ce parce que si un pays s'engage clairement, il sera accusé de soutenir des djihadistes ? "C'est le prétexte de la Russie", répond la politologue. "La Russie refuse de recevoir la liste des terroristes pour qu'ils sortent de la Ghouta, la population n'en veut pas, ils veulent les sortir de cette zone", explique-t-elle. 

Crime de guerre. Alors qu'une trêve humanitaire quotidienne de cinq heures observée doit permettre l'entrée d'aides humanitaires et l'évacuation de blessés et de civils, les bombardements continuent. Des bombes qui ont fait plus de 600 victimes au mois de février. Des bombes qui sont également accompagnées d'attaques au chlore, un crime de guerre. Mais pour la politologue, "nous avons dépassé il y a longtemps les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité. Ces termes n'ont presque plus de sens puisqu'ils ne déclenchent aucune réaction", déplore-t-elle. Avant de conclure, "le chlore est utilisé tous les jours comme une arme, c'est un crime de guerre, tout le monde le sait."