Après les départs de quatre ministres mardi, c'est au tour du ministre de la Santé Wes Streeting d'annoncer sa démission ce jeudi. Un nouveau coup porté à Keir Starmer, qu'une partie du Labour cherche ouvertement à pousser vers la sortie.
L'avenir de Keir Starmer à Downing Street est plus qu'incertain. Isolé au sein de son propre camp, le leader travailliste, arrivé au pouvoir à l'été 2024, n'a pas résisté au choc des élections locales de la semaine dernière, marquées par une percée historique de la droite radicale.
Plus de 80 des 403 députés travaillistes souhaitent désormais le voir partir, ou du moins fixer une date de départ. La fronde s'est matérialisée mardi, quand quatre membres du gouvernement ont présenté leur démission, suivis par le ministre de la Santé Wes Streeting, lui-même pressenti comme l'un des principaux prétendants à la succession, tant à la tête du Labour qu'à Downing Street.
"Il est désormais clair que vous ne mènerez pas le parti travailliste aux prochaines élections législatives", prévues en 2029, et "là où nous avons besoin d'une vision, il y a un vide", a-t-il écrit dans sa lettre de démission adressée au chef du gouvernement.
La débâcle des élections locales
Déjà fragilisé depuis plusieurs mois, Keir Starmer s'est vu infliger un camouflet historique à l'issue du scrutin des élections locales du jeudi 7 mai. Une défaite majeure pour le Parti travailliste (Labour), qui a enregistré un recul record dans pas moins de 44 conseils municipaux. Dans le même temps, le parti Reform UK de Nigel Farage a réalisé une forte progression à travers tout le pays.
Au pays de Galles, le Labour est arrivé troisième derrière Plaid Cymru et Reform UK, soit la première défaite des travaillistes gallois depuis 1999. En Écosse, le parti a terminé derrière le SNP, au coude-à-coude avec Reform UK. En Angleterre, enfin, le Labour a perdu plus de 1.400 sièges, reculant notamment à Birmingham, Leeds ou Cambridge.
Une popularité en berne
Un désaveu cinglant, que le Premier ministre a en partie assumé en reconnaissant publiquement sa responsabilité. Les sondages confirment cette impopularité grandissante : en avril, sa cote de popularité ne s'établissait qu'à 19% selon YouGov. Un chiffre corroboré par Ipsos, qui indique que 74% des Britanniques se disent insatisfaits de la politique de Keir Starmer, et 78% mécontents de leur gouvernement.
Au sein de son propre parti, la grogne prend de l'ampleur. Selon le sondage Compass réalisé juste avant les élections locales, une majorité de membres du Parti travailliste ne croit plus en la capacité de Keir Starmer à redresser la situation, et 45% estiment qu'il devrait démissionner.
Pour Lena Swedlow, directrice adjointe de Compass, interrogée par The Guardian, un "désir de changement se fait sentir". "Face à une situation économique extrêmement grave, tant au niveau national qu'international, il est essentiel que le pays et le parti aient un dirigeant en qui ils puissent avoir confiance", détaille-t-elle.
L'affaire Epstein en toile de fond
Si la situation économique, et notamment la flambée des prix des carburants, a aggravé la crise de confiance, d'autres scandales sont venus s'y ajouter. La nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis a plongé le gouvernement dans l'embarras, après des révélations sur ses liens avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.
Empêtré dans le scandale, Keir Starmer avait reconnu devant la Chambre des communes une "erreur de jugement" en nommant Peter Mandelson — finalement limogé en septembre 2025 — et évité de justesse le lancement d'une enquête parlementaire. L'affaire et ses nombreux rebondissements ont lourdement plombé son image.