REPORTAGE - Ces Brésiliens attendent "le grand jour" : "Bolsonaro va laver le peuple"

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Le candidat brésilien de l'extrême-droite, favori des sondages, a réussi à capitaliser dans toutes les strates de la société, alors que les scandales à répétition ont jeté un profond discrédit sur la gauche.
REPORTAGE

Le Brésil va-t-il mettre à sa tête un candidat d'extrême droite ? Les 147 millions d'électeurs brésiliens pourraient choisir dimanche comme nouveau président Jair Bolsonaro, le grand favori des sondages. Cet ancien capitaine de l'armée, nostalgique de la dictature des généraux, capitalise dans tous les milieux sociaux, favorisés ou non, même dans les favelas. La gauche, longtemps au pouvoir, cristallise désormais toutes les critiques : le Parti des travailleurs de Lula a été baptisé le "clan des voleurs et des corrompus". Alors que l'extrême droite avait classiquement axé sa campagne sur deux thèmes, la sécurité et la morale, le candidat Bolsonaro a récolté avec une facilité presque déconcertante l'adhésion des déçus de la gauche.

À 48 heures d'un vote crucial pour l'avenir du pays, Europe 1 est allé à la rencontre de ces électeurs qui ont fait du sulfureux candidat leur nouveau héros.

A quoi ressemblerait le Brésil de Jair Bolsonaro ? 

Une transition très attendue par les travailleurs. Dans le quartier de Copacabana, à Rio, Alexandre, banquier et fils de professeur d'histoire, fait partie des nouveaux soutiens du favori. Il a subi la crise de plein fouet, et perdu deux fois son emploi. Aujourd'hui, lui et sa femme cumulent chacun deux jobs pour parvenir à gagner le salaire moyen d'un Brésilien, soit 750 euros par mois. Le couple attend désormais ce qu'il appelle "le grand jour". "Dimanche ce sera le renouveau. Le retour de l'autorité, de la morale et de l'honnêteté après trente ans de régression", prédit Alexandre. "Bolsonaro va laver le peuple et récompenser les gens de valeur comme nous. Il n'y connait rien, mais s'il connaissait tout sur l'économie, la diplomatie, la santé, ce ne serait pas un président, mais un génie. Regardez Trump, c'est un fou, mais un fou adorable", soutient-il.

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Le renversement de l’électorat traditionnel. Ce discours se retrouve dans la bouche de très nombreux électeurs ; les Brésiliens ne veulent pas d'un dirigent compétent, mais d'un responsable aux mains propres. Là où les mesures de Lula visaient à aider les plus défavorisés, dans les quartiers pauvres du Brésil - où il a notamment mis en place des allocations, des bourses étudiantes et un salaire minimum pour mettre fin à l'esclavage domestique -, personne n'aurait imaginé voir un jour le vote s'inverser. Dans la Nova Holanda, bidonville au nord de Rio, Bolsonaro a ainsi recueilli près de 50% des voix au premier tour.

Entendu sur europe1 :
Je veux de la sécurité, que les flics viennent chercher les trafiquants

Thiago, 18 ans, y tient un stand de chewing-gum et de chips. Il assure qu'il déposera de nouveau un bulletin pour le leader de l'extrême droite dimanche. "Il y en a marre de la gauche qui dit : 'on est gentil, on vous aide'. Mais quand ils donnaient dix reals à ma famille, ils s'en mettaient des millions dans les poches", avance-t-il. "C'est cool de les mettre dehors. Je veux de la sécurité, que les flics viennent chercher les trafiquants", explique-t-il. Il faut dire qu'ici, ce sont les gangs qui ont la main. Il suffit de voir, postés tous les dix mètres, des gamins avec des fusils en bandoulière qui vendent de petits pochons de solvants, de marijuana ou de cocaïne, pour s'en persuader.

Une proposition choc pour courtiser la police. C'est sur un pays gangrené par la violence que Jair Bolsonaro a fait mouche, avec des propositions très radicales. Il veut notamment accorder à la police une sorte de permis de tuer, en supprimant la paperasserie en cas de violences policières. Cette mesure a tendance à fédérer une grande partie des forces de l'ordre. "Ce que propose le candidat Bolsonaro, supprimer l'enquête et les poursuites quand un homme est tué par un policier, c'est un grand espoir. Ça va nous rendre notre légitimité dans la société et arrêter de nous faire passer pour des criminels", se félicite ainsi le président du syndicat des policiers de Rio. Si cette mesure fait hurler les défenseurs des droits de l'Homme, Bolsonaro préfère l'ordre et les phrases chocs. "L'erreur de la dictature aura été de torturer au lieu de tuer", avait-il notamment déclaré en 2016.

Europe 1
Par Sandrine Prioul, envoyée spéciale au Brésil, édité par Romain David