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Présidentielle au Portugal : retour sur le seul débat du second tour entre André Ventura et António José Seguro

Les deux candidats : André Ventura (à gauche) et António José Seguro (à droite) à quelques minutes du débat présidentiel, le mardi 27 janvier 2026. [PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP]

40 ans après, le Portugal a vu les deux finalistes d'une élection présidentielle s'affronter lors d'un débat de l'entre-deux-tours. Ce mardi, pendant une heure et 15 minutes, António José Seguro et André Ventura ont répondu aux questions de trois journalistes sur des sujets comme la santé, l'immigration ou les pouvoirs du président. Un débat durant lequel de vives tensions ont pu éclater. 

Un événement marquant dans l'histoire de la démocratie portugaise. Quatre décennies après Mário Soares contre Freitas do Amaral, les Portugais ont assisté, ce mardi, au seul débat de l'entre-deux-tours de cette élection présidentielle de 2026 entre André Ventura, candidat soutenu par Chega, et António José Seguro, candidat soutenu par le Parti socialiste. 

Pendant 75 minutes, les deux hommes qui rêvent de succéder à Marcelo Rebelo de Sousa ont débattu sur les sujets qui préoccupent le plus la population. Un débat qui a fait s'affronter deux visions diamétralement différentes de l'avenir du Portugal. 

"Ils sont en train de voter contre moi" 

Durant ce débat, les deux candidats sont revenus sur le premier tour de cette élection et les différents ralliements à la candidature d'António José Seguro. Pour le principal intéressé, si des hommes, comme l'ancien président Cavaco Silva, ont appelé à voter pour lui, c'est parce qu'ils "reconnaissent dans (sa) candidature les caractéristiques qu'un président doit avoir". À savoir un homme "d'expérience", qui a de la "modération" et qui peut "changer ce qui a besoin de l'être". 

À cette affirmation, André Ventura répond que les ralliements à son adversaire ne se font pas autour d'un projet mais en opposition à ce que représente le président du parti Chega : "Ils ne vont pas voter pour António José Seguro mais ils vont voter contre moi". 

Selon lui, les soutiens du candidat socialiste veulent "une sorte de Reine d'Angleterre" pour le pays. Il s'est également montré très critique envers la personnalité et la carrière politique de son adversaire qui a été "le leader du PS" et qui "n'a pas réussi à unir le Parti" : "Alors, comment veut-il unir le pays ?", a demandé André Ventura. 

"Je serai fidèle à la Constitution"

Ce débat a également tourné autour des pouvoirs du président de la République, une fonction qui n'accorde que peu d'outils constitutionnels à celui qui l'occupe, contrairement à ce qu'on peut connaître en France. Par exemple, le chef de l'État portugais nomme le Premier ministre dans les rangs du parti qui a remporté les élections législatives. 

António José Seguro a affirmé que s'il était élu, il ne changerait en rien la Constitution autour de ce sujet : "Je serai fidèle à la Constitution et je coopérerai avec le gouvernement qui est actuellement en fonction". Le rôle du chef de l'État est "d'exiger des résultats au gouvernement", a-t-il ajouté. 

André Ventura a, lui, assuré que comme président, il défendrait le peuple portugais et "pas les gouvernements, ni les élites". À la tête de l'État, il ne donnerait pas "carte blanche au gouvernement" : "Un président doit être vigilant, ou sinon, il ne sert à rien. Il est légitime qu'un président de la République indique au gouvernement qu'il est sur le mauvais chemin" et ajoute qu'il "n'est pas possible de conserver la Constitution (telle quelle) si l'on veut changer les choses". 

Deux visions opposées sur l'immigration 

La question de l'immigration a mis en lumière deux visions totalement opposées. L'exemple de l'Espagne, qui va régulariser 500.000 sans-papiers pour des raisons économiques, a été évoqué durant le débat. António José Seguro estime qu'il pourrait promulguer une telle décision. Le Portugal a "besoin de l'immigration" car elle apporte des avantages au pays, tout en défendant des entrées régulières et contrôlées. 

André Ventura a affirmé de son côté qu'il pourrait mettre son veto, un des pouvoirs du président au Portugal, car on ne peut "laisser entrer des gens comme ça" sans contrôle. Selon lui, "nous avons besoin d'eux car nous payons mal" les travailleurs portugais. Le candidat de Chega estime que plusieurs problématiques qui affectent la vie quotidienne des Portugais, comme la crise du logement ou les failles dans le système de santé, ont comme origine la politique migratoire actuelle. 

Les difficultés dans le système de santé portugais ont d'ailleurs provoqué de vives tensions entre les deux candidats. Dès son arrivée à la présidence, André Ventura demandera au gouvernement de mettre en place un plan concret, car la politique actuelle "n'est pas la bonne". De plus, António José Seguro n'est pas qualifié pour parler de ce sujet car il aurait contribué "au chaos" actuel lorsqu'il était "le leader du PS", a-t-il asséné. 

De son côté, le candidat socialiste a déclaré que les question de santé seront "la priorité de la première année de (son) mandat" de président. Il demandera à l'ensemble des partis qui composent le Parlement de trouver "un compromis durable" pour résoudre l'ensemble des problématiques. 

Les Portugais auront un choix à faire le 8 février

Sur la place du Portugal dans le monde, André Ventura explique que le pays "doit faire preuve de fermeté", en Europe comme dans le monde, car cette place du pays dans le concert des nations "n'est pas sujette à débat". Face à un monde de plus en plus dangereux, le Portugal et l'Union européenne doivent "renforcer leur autonomie stratégique en matière de sécurité et de défense", selon António José Seguro. Cela passe par un investissement dans l'amélioration des moyens technologiques de défense.

Dans les derniers instants du débat, chaque candidat avait une minute de conclusion. Le candidat socialiste veut être le "président de tous les Portugais" : "J’offre au pays mon expérience, ma modération et une grande ambition. A travers le dialogue, le compromis et la loyauté à la Constitution, faire du Portugal un pays moderne, plus juste, qui valorise tous les êtres humains".

André Ventura a lui déclaré que les Portugais avaient désormais un choix clair à faire lors de ce second tour pour ne plus "vivre dans ce climat de pauvreté, où les jeunes sont contraints de partir". Ce dernier croit "en un pays meilleur" : "Je veux être la voix de ceux qui n’en ont pas et j’ai besoin de vous le 8 février prochain", a-t-il déclaré.

Selon le premier sondage de l'institut de l'Universidade Católica pour la chaîne de télévision RTP, António José Seguro serait élu président de la République avec 70% des suffrages, un score qui se rapprocherait de celui de la réélection Mário Soares en 1991 qui avait obtenu 70,35% des suffrages. Mais chacun le sait, la campagne du second tour ne fait que commencer et tout peut encore se produire jusqu'à la fermeture des bureaux de vote.