Comprendre la crise au Zimbabwe en trois actes

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Les opposants au régime de Mnangagwa manifestent leur hostilité à l'égard des militaires dans les rues d'Harare.
Les opposants au régime de Mnangagwa manifestent leur hostilité à l'égard des militaires dans les rues d'Harare. © MARCO LONGARI / AFP
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Depuis le départ de Robert Mugabe en novembre, le Zimbabwe connaît une transition agitée, que les récentes élections sont loin d'avoir apaisée.

Une fin de règne aux allures de chaos nouveau. Jeudi, les Zimbabwéens n'avaient toujours pas de nouveau président, deux jours après les premières élections organisées depuis le départ de Robert Mugabe, à la tête du pays pendant près de quatre décennies. Une situation complexe, entre règlement de comptes, élections entachées de fraudes et manifestations durement réprimées par le régime. Et rien ne dit que les résultats définitifs des élections, annoncés pour jeudi soir, en seront le dénouement.

Le départ de Mugabe

C'est un homme qui a dirigé son pays de manière autoritaire pendant 37 ans, contraint de quitter le pouvoir en quelques jours. Mi-novembre, un putsch de l'armée renverse Robert Mugabe, 94 ans, qui démissionne sous la pression de son parti, le Zanu-PF. Son départ provoque des scènes de liesse dans tout le pays, l'un des plus pauvres du monde avec un taux de chômage frôlant les 90%.

Précédemment écarté par Mugabe, le vice-président Emmerson Mnangagwa s'empare du pouvoir et met en place un gouvernement composé de vieux dignitaires du régime. Il place des membres de l'armée aux postes-clés, eux qui l'ont aidé à retrouver le palais présidentiel d'Harare, la capitale. Objectif : bâtir une direction de transition avant les élections générales prévues le 30 juillet.

Un régime qui se durcit

À l'approche de ces élections présidentielle, législatives et municipales, Mnangagwa étend sa mainmise sur le régime zimbabwéen, au point que le 5 juin, des milliers de partisans de l'opposition dénoncent à Harare les "intimidations" du régime et réclament un "audit" indépendant des listes électorales. Face au président émerge alors l'opposant Nelson Chamisa, 40 ans, du Mouvement démocratique pour le changement (MDC), rival du Zanu-PF.

Le 23 juin, Mnangagwa échappe de peu à un attentat à la grenade qui tue deux de ses gardes du corps lors d'un meeting électoral dans le sud du pays. Dans le même temps, Chamisa intensifie ses critiques à l'égard du président, qu'il accuse de vouloir "biaiser" le résultat des urnes.

Dimanche, à la veille des élections, l'ancien chef de l'État Robert Mugabe appelle les électeurs à faire tomber son ancien parti, lors de sa première conférence de presse depuis sa démission forcée. Implicitement, il indique qu'il votera pour le MDC de Chamisa.

L'incertitude après les élections

Lundi, les Zimbabwéens se déplacent en nombre et dans le calme lors des premières élections générales post-Mugabe. Un total de 23 candidats sont en lice pour la présidentielle, mais la course se joue entre l'actuel chef de l'Etat et le leader du MDC, Nelson Chamisa. Mardi, ce dernier revendique une "victoire éclatante", revendication qu'il répète jeudi.

Mercredi, après l'annonce de la victoire écrasante aux législatives de la Zanu-PF, des partisans de l'opposition descendent dans la rue à Harare pour crier à la fraude. L'armée ouvre le feu sur les manifestants et six personnes sont tuées, selon la police. Jeudi, le président Mnangagwa appelle à "résoudre pacifiquement" les différends et réclame une "enquête indépendante", tandis que le résultat des élections est annoncé pour 22 heures. Avec, une nouvelle fois, la crainte de sanglants débordements dans les rues d'Harare.

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec avec AFP