"Caldoches" contre "Kanaks" : en Nouvelle-Calédonie, "il y a eu des moments difficiles"

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Trente ans après les violences qui ont fait 80 morts dans l'archipel, les souvenirs d'une quasi-guerre civile restent vifs en Nouvelle-Calédonie, où Édouard Philippe effectue une visite de quatre jours à partir de samedi. 

REPORTAGE

1.500 hectares de brousse, 1.200 têtes de bétail entre les montagnes et le lagon... La ferme de Ghislain Santacroce se situe aujourd'hui sur la côte ouest de la Nouvelle-Calédonie, mais tel n'a pas toujours été le cas. Ce petit fils de bagnard corse, un "caldoche" (le terme désigné pour désigner la population d'origine européenne), a longtemps vécu à l'est, dans le village de Thio. Jusqu'à la quasi-guerre civile qui a fait 80 morts dans l'archipel, dans les années 1980. 

"J'ai pris une balle dans le ventre". Ghislain Santacroce se souvient même de la date de l'attaque des Kanaks, les autochtones : le 18 novembre 1984. "On a été pris par surprise, on a vraiment été pris en otage. Il y a eu des moments tellement difficiles. C'est difficile de tirer sur un mec, de se faire tirer dessus", raconte-t-il, ému. "J'ai pris une balle dans le ventre." Ses terres ont été redistribuées à des tribus, l'obligeant à déménager.

Un drapeau tricolore à l'entrée. Mais l'homme n'a jamais envisagé de quitter la Nouvelle-Calédonie, à laquelle il se dit aussi attaché qu'à la France : à l'entrée de son domaine flotte le drapeau tricolore. "Ça représente mon emblème. Quand j'entends la Marseillaise, j'ai les larmes aux yeux", assure-t-il, rapportant un contexte parfois tendu, même de son côté de l'île. "Les seuls qui ont critiqué ce drapeau ce sont les gendarmes, deux fois. Ils m'ont dit que c'était de la provocation. Un drapeau kanak qui flotte ils ne disent rien, mais un drapeau français..." S'il assure que ses relations avec les Kanaks sont désormais apaisées, Ghislain Santacroce ne retourne dans son ancien village qu'armé d'un pistolet. 

Edouard Philippe en visite dans l'archipel

À un an du référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le Premier ministre est arrivé à Nouméa pour une visite de quatre jours, samedi matin. "J'arrive ici à une époque où les enjeux pour la Nouvelle-Calédonie sont considérables. On est à la fin d'un processus démarré en 1988 et accéléré en 1998 et qui permet à l'ensemble des parties calédoniennes de travailler ensemble et d'imaginer quelle sera leur futur commun", a-t-il déclaré. 

Dans l'après-midi, le Premier ministre participera à une réunion du groupe de travail du comité des signataires de l'accord de Nouméa, qui doit notamment se pencher sur la formulation de la question qui sera posée aux électeurs, ainsi que sur l'organisation de la campagne électorale et la date du référendum.