Au Venezuela, l'école, symbole de l'échec du chavisme : "L’éducation, c’est nous qui la faisons à la maison"

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Alors que le Venezuela est secoué par une crise qui touche tous les secteurs, l'école n'échappe pas à la catastrophe. Celle qui devait devenir le triomphe du chavisme est aujourd'hui le symbole de sa crise.  
REPORTAGE

Elle devait être la colonne vertébrale du Venezuela, elle en est devenue la victime collatérale. Les écoles vénézuéliennes sont à l'image de ce pays secoué par une crise qui touche tous les secteurs de la société depuis plusieurs années. Et ces derniers mois, la situation ne s'est pas améliorée alors que Nicolas Maduro s'est montré ouvert à l'organisation d'élections législatives anticipées pour sortir son pays de la crise et que les Vénézuéliens sont appelés à descendre dans la rue pour soutenir le président autoproclamé Juan Guaido, ce mercredi. 

"L’éducation, c’est nous qui la faisons à la maison". La scène paraît banale : Pedro et Sebastian, deux des sept millions d'écoliers vénézuéliens, embrassent leur mère une dernière fois avant de s'engouffrer dans leur école. Mais avant de partir, Patricia ne peut s'empêcher de jeter un œil dans la cour. Pas pour surveiller une dernière fois ses enfants, mais tout simplement pour vérifier que la maîtresse va bel et bien les récupérer. "Depuis le début de l’année, quatre enseignants dans la classe de mon fils ont démissionné", témoigne-t-elle au micro d'Europe 1. "Maintenant ils ont un professeur principal qui leur donne cours deux fois par semaine seulement, à cause des problèmes de transports". 

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Dans un article daté de juin 2016, la correspondante de l’agence Associated Press, Hannah Dreier, estimait que "40% des professeurs étaient absents - parce qu’ils faisaient la queue pour de la nourriture, et tentaient de subvenir à leurs propres besoins". Presque trois ans plus tard, la situation ne semble pas s'être arrangée à en croire Patricia : "Quand il n’y a pas de profs, ils sont laissés seuls dans la cour. En gros, l’éducation, c’est nous qui la faisons à la maison", explique-t-elle. 

Des adolescents livrés à eux-mêmes. Mais pour certains élèves, la sécurité offerte par le foyer familial n’existe même plus, explique Carmen, la directrice de l'établissement. "Depuis quelques mois, certains parents d’adolescents sont partis travailler à l’étranger", révèle-t-elle. D'après les chiffres des Nations unies avancés par l'AFP, ils étaient 1,6 million de Vénézuéliens à avoir émigré en août 2018 pour fuir la pauvreté, l'hyperinflation et les pénuries qui touchent le pays. Alors, par-delà les frontières, les parents "envoient de l’argent à leurs enfants qui restent seuls dans la maison familiale". 

"Ils pensent que leurs enfants peuvent se débrouiller mais en fait ils sont seuls, ils n’ont plus de figure paternelle, plus d’autorité", révèle Carmen au micro d'Europe 1. Du coup, ce sont bien souvent des voisins qui surveillent de loin ces enfants esseulés, sans pour autant être leurs tuteurs légaux. De son côté, l’administration vénézuélienne ferme les yeux pour éviter à ces enfants d’être placés par les services sociaux.