Attaque à Paris : faut-il y voir la main d’Al-Qaida ?

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Al-Qaïda djihadistes Sami Ali / AFP 2:13
Faut-il voir la marque d'Al-Qaida derrière l'attaque de vendredi près des locaux de "Charlie Hebdo" ? © Sami Ali / AFP
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L’attaque au couteau à Paris a eu lieu devant les anciens locaux de "Charlie Hebdo". Elle intervient dans un lourd contexte, en plein procès des attentats de janvier 2015 et alors qu’Al-Qaïda a à nouveau menacé l’hebdomadaire satirique pour avoir republié des caricatures de Mahomet.
DÉCRYPTAGE

Les motivations de l’auteur de l’attaque au couteau, qui a fait deux blessés vendredi devant les anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris, restent floues pour le moment. Mais le mode opératoire et le lieu ont poussé le parquet national antiterroriste à ouvrir une enquête pour "tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste".

Cette attaque intervient dans un contexte lourd, en plein procès des attentats de janvier 2015. Et il y a quelques jours, Al-Qaïda a menacé d’attaquer à nouveau Charlie Hebdo, qui a republié les caricatures du prophète Mahomet. Si le groupe djihadiste n’a pas publié de revendication, son ombre plane au-dessus de cette attaque, dont le principal suspect est un jeune homme de 18 ans né au Pakistan.

Une organisation très affaiblie qui a récemment menacé Charlie Hebdo

Al-Qaïda a beau être terriblement affaibli et traqué depuis près de vingt ans par l’ensemble des services de contre-terrorisme de la planète, le groupe djihadiste n’a pas disparu pour autant. L’organisation a encaissé des coups extrêmement sévères, à commencer par l’élimination d’Oussama ben Laden. Elle est également concurrencée par la surenchère de l’Etat islamique, ce qui se traduit parfois par des affrontements violents entre les deux groupes, comme en ce moment au centre du Mali ou dans le nord-ouest de la Syrie.

Mais Al-Qaïda continue à survivre dans les régions où des conflits s’éternisent, comme le Sahel, la Libye ou la Somalie. Elle est également active au Yémen, qui est historiquement sa base arrière et où a été organisée l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015. C’est également au Yémen qu’a été lancé son dernier appel au meurtre, lors de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 à la mi-septembre. Al-Qaïda avait alors publié un communiqué de cinq pages visant à nouveau l’hebdomadaire satirique et qui enjoignait à ses djihadistes de retourner en France pour poignarder des journalistes.

Inciter les islamistes radicalisés à passer à l’acte

Cette menace, extrêmement spécifique, correspond au scénario de l’attaque au couteau de vendredi à Paris. Al-Qaïda n’est cependant plus une organisation avec les capacités de projeter des commandos depuis l’étranger pour réaliser des opérations lourdes et complexes, comme celles du 11 septembre 2001 ou les attentats de 2015. La pression militaire imposée au groupe djihadiste, comme à l’État islamique, les en empêche.

En revanche, Al-Qaïda a développé une stratégie opportuniste qui consiste à promouvoir le passage à l’acte avec des moyens rudimentaires parmi les islamistes radicalisés qui vivent en France. Aux derniers pointages, ils étaient plus de 8.000 dans le pays, dont 1.510 déjà condamnés pour terrorisme. Le suspect de l’attaque de Paris n’est, en revanche, pas connu des services de renseignement.