Algérie : six mois après le début de la contestation, "il est trop tôt pour parler d'acquis"

L'Algérie connaît des manifestations chaque vendredi depuis six mois. 1:30
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Nour Chahine, édité par Margaux Lannuzel
Les Algériens descendront dans la rue pour la 26ème fois, vendredi, malgré la démission du président Bouteflika et les procès annoncés de plusieurs hauts responsables politiques. 
REPORTAGE

Cela fait six mois, autrement dit 27 semaines, que les Algériens descendent dans les rues tous les vendredis. Ni la démission du président Abdelaziz Bouteflika, en avril, ni les procès annoncés de plusieurs anciens ministres et hauts cadres de l'État n'ont mis fin à une contestation élargie à l'ensemble du système politique. Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et devenu l'homme fort du pays, reste une cible principale des protestataires… qui ne voient pas tous la suite du mouvement de la même façon. 

"Les mœurs politiques sont en train de changer"

Interrogé par Europe 1, un Algérois de 55 ans choisit ainsi de retenir les changements déjà obtenus par la rue. "Par exemple, le cinquième mandat (d'Abdelaziz Bouteflika) a été annulé, le président a démissionné, le peuple manifeste pacifiquement, sans incident", énumère-t-il. "Les ex-responsables politiques rendent des comptes devant la justice, c'est une première en Algérie. Les mœurs politiques sont en train de changer."

Mais du côté des jeunes, l'enthousiasme est plus modéré. "Je pense qu'il est encore trop tôt pour parler d'acquis", estime ainsi Raoudha, une étudiante de 22 ans. "Ce qu'on attend, c'est bien sûr plus de liberté, puisque depuis plus de six mois, on essaie de nous diviser… Mais on reste soudés. On leur a bien prouvé notre solidarité et notre refus d'entrer dans une guerre identitaire."

"On ne veut pas d'élections organisées par ce gouvernement"

À l'entendre, les manifestations pourraient donc se poursuivre. "Ils veulent organiser des élections au plus vite, c'est très bien, mais on ne veut pas d'élections organisées par ce gouvernement", explique notamment la jeune femme. Et l'instance décisionnaire désignée par le chef de l'État algérien, un panel composé de plusieurs personnalités, semble pour l'instant peiner à proposer un projet de sortie de crise susceptible de rassembler la population.