Un adolescent de 15 ans a été tué jeudi 14 mai dans la soirée à Nantes, dans une fusillade sur fond de narcotrafic qui a fait deux autres blessés mineurs dont un garçon de 13 ans entre la vie et la mort. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, se rend sur place ce vendredi matin.
Dans la soirée de jeudi, une fusillade à éclatée dans le quartier populaire de Port-Boyer, au nord de la ville de Nantes. Les tirs ont eu lieu vers 19h30 dans un immeuble et les auteurs présumés des coups de feu, venus sur un deux roues, ont pris la fuite, selon des sources concordantes proches de l'enquête.
Un mort et deux blessés
L'adolescent décédé a été abattu dans le hall de l'immeuble et les tireurs ont poursuivi l'un des deux autres garçons jusqu'au 13e étage où il s'était réfugié dans un appartement, a fait savoir une source policière sur place.
Le procureur de Nantes, Antoine Leroy, a confirmé le décès d'un jeune de 15 ans. Les deux blessés ont été hospitalisés. Celui âgé de 13 ans a son "pronostic vital très engagé", a-t-il précisé. Le deuxième, âgé de 14 ans, est moins gravement touché et son pronostic vital n'est pas engagé.
Des témoins racontent
Le quartier de Port-Boyer, hérissé de barres d'immeubles construites au bord d'une rivière, l'Erdre, était quadrillé jeudi soir par les forces de police et de nombreux habitants étaient rassemblés dehors, sous le choc, d'après les journalistes de l'AFP.
"On sortait des courses avec ma mère et mon chien. On a entendu des tirs - une dizaine, à deux reprises - et j'ai tiré ma mère par le col pour rentrer dans notre tour. J'ai juste vu beaucoup de monde, des gens cagoulés et habillés tout en noir, qui couraient dans l'herbe", raconte Angeline, une prothésiste ongulaire de 18 ans.
"Depuis 15 ans ça n'a cessé de se dégrader ici. Les gens ont peur, les fusillades sont fréquentes, lance-t-elle. La dernière fois c'était dimanche dernier à 16h. L'après-midi, les parcs pour enfants sont déserts car les parents ont trop peur". Le trafic s'est "installé petit à petit", a témoigné auprès de l'AFP Cécile, sexagénaire qui habite rue de Pornichet "depuis 1995" et qui se dit "profondément choquée".
Une habitante de l'immeuble a décrit à l'AFP, sous couvert d'anonymat, comment elle a découvert l'un des adolescents touchés par balle "qui ne respir(ait) plus", disant avoir pensé à cet adolescent "toute la nuit". Selon un autre riverain prénommé Jean-Pierre, le jeune tué "n'habite pas" dans le quartier et a été victime, avec ses deux camarades, "de l'atrocité de ceux qui sont venus avec les armes".
La piste du "règlement de compte"
"Des coups de feu ont été tirés sur (les) trois jeunes hommes", a précisé le magistrat, évoquant "un règlement de compte en lien avec des infractions à la législation sur les stupéfiants". La Division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) a été saisie de l’enquête.
Fin avril, un jeune homme avait été tué et un autre gravement blessé par balle dans le même quartier, des violences potentiellement liées au narcotrafic, avait alors indiqué le procureur de Nantes. Les deux victimes, connues de la justice, avaient été prises pour cibles par un tireur muni d'un pistolet, qui s'était enfui.
"Emotion immense"
"Nantes est endeuillée par l'insupportable mort d'un adolescent", a réagi la maire, Johanna Rolland, qui s'est rapidement rendue sur place. Dénonçant le "narcotrafic qui gangrène le pays", elle a souligné la "détresse" et "l'émotion immense" des habitants de ce quartier déjà touché fin avril par une fusillade mortelle.
"Tous les moyens de police et de justice doivent être mis en oeuvre pour interpeller et condamner les auteurs de ce meurtre", a-t-elle ajouté. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez est attendu sur place ce vendredi 15 mai, dans la matinée.
"Je suis comme dans un cauchemar"
Stella, 35 ans, une accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) en recherche d'emploi, a vu son fils de trois ans échapper de peu à la fusillade et son neveu de 14 ans a été hospitalisé après avoir été touché à la cuisse.
"Ils étaient ensemble pour aller chez leur grand mère. J'étais à la maison quand c'est arrivé, c'est un policier qui m'a appelé pour me ramener mon fils et m'annoncer que mon neveu était blessé", a-t-elle témoigné, tenant fort la main de son petit garçon au pantalon taché de sang. "Je suis comme dans un cauchemar et en colère car j'ai failli perdre mon fils", a-t-elle ajouté.