Fumigènes, banderole et tabassage : une bande sème la panique au concert de Jul à Bercy

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Capture d'écran de vidéo amateur prise lors de l'intrusion d'une bande au concert de Jul, à Bercy, le 13 novembre 2019.
Capture d'écran de vidéo amateur prise lors de l'intrusion d'une bande au concert de Jul, à Bercy, le 13 novembre 2019. © Twitter
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L'AccorHotels Arena de Bercy a été envahie mercredi soir par une bande de jeunes encagoulés qui, à coups de fumigènes et de passages à tabac, ont fortement perturbé le concert du rappeur Jul. Certains témoins dénoncent un manque d'agents de sécurité, rapidement submergés. 

C'est une irruption dans une salle de concert, quatre ans jour pour jour après l'attentat du Bataclan. Mercredi, dans la soirée, plusieurs dizaines d'hommes cagoulés, capuche sur la tête et habillés en noir, ont envahi l'AccorHotels Arena (anciennement Bercy) et créé la panique parmi les milliers de fans du rappeur marseillais Jul, qui faisait salle comble.

Ils ont tiré des fumigènes dans la foule et passé à tabac des spectateurs qui arboraient le logo de l'OM, club dont le chanteur est un grand fan. Le déploiement d'une banderole "Marseille Not Welcome" laisse peu de doutes quant à leur souhait de revendiquer la capitale comme un terrain hostile aux Marseillais. 

Une fan présente raconte que, apercevant le maillot marseillais d'une de ses amies, "une bande de jeunes hommes est venue [les] voir en criant 'ici c'est Paris, enlève ton maillot, t'as pas honte, heureusement que t'es une fille'." Elle décrit qu'au moment d'allumer les lumières dans la salle, "toute personne qui portait le maillot de Marseille s'était fait frapper" par les membres du groupe.

La sécurité pointée du doigt

Rapidement débordée, la sécurité a fermé les portes, empêchant 300 fans du chanteur d'entrer dans la salle alors même qu'ils avaient payé leur billet, parfois un an à l'avance. L'une d'entre eux, Sophie, témoigne de la panique ambiante au micro d'Europe 1 et pointe du doigt le dispositif déployé : "On a eu peur, des filles pleuraient, il y avait des enfants... Avec les attentats, c'est très grave que l'AccorHotels Arena ne mette que deux vigiles aux portes pour des concerts. Quand on voit que la bande est entrée aussi facilement, sans se faire contrôler, on se dit que n'importe qui peut rentrer pendant que nous, on est dans la salle." 

Face à ces accusations, le directeur général de la salle de concerts Nicolas Dupeux, a tenu à dédramatiser : "on n'a pas été débordés et ce n'est surtout pas une situation cauchemardesque. Comme on dit dans notre jargon c'était une 'soirée chaude', il n'y a pas eu d'effet de panique, le show s'est parfaitement déroulé, il n'y a jamais eu à aucun moment la possibilité de l'arrêter ou de le mettre en pause".

Il invite tout de même les fans déçus à envoyer un mail à l'administration de l'AccorHotels Arena pour obtenir un remboursement, au cas par cas. 

Déjà des incidents à Valenciennes en 2015

Ce n'est pas la première fois que l'amour de Jul pour le maillot phocéen génère des tensions. En 2015 déjà, un "Vive Marseille" lâché au micro lors d'un concert à Valenciennes, dans le Nord, avait déclenché une cohue, du fait des "séquelles" de l'affaire VA-OM. Une personne avait été grièvement blessée.

Quatre ans plus tard, malgré les bagarres qui ont émaillé son concert, le rappeur a continué son show, remerciant à la fin son public comme si de rien n'était. Il a réservé sa réaction pour le lendemain et aux réseaux sociaux, se disant déçu et s'excusant auprès des fans qui n'ont pas vu le concert ou se sont fait frapper. En ponctuation de son message, un hashtag : "je ne fais que de la musique les gars".

Aucune arrestation n'ayant eu lieu, difficile de dire si les fauteurs de troubles sont des habitués du Parc des Princes, ou de simples sympathisants du PSG venus faire le coup de poing. Dans un bref communiqué publié sur Twitter, le Collectif ultras Paris (CUP), principal groupe de supporters du club de la capitale, a démenti jeudi avoir une quelconque responsabilité dans ces tristes événements. 

Dans la soirée de mercredi, certains membres du CUP s'étaient rendus devant le Bataclan pour rendre hommage aux victimes du 13-Novembre.

Europe 1
Par Matthieu Bock, édité par Théo Mercadier

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