Le gouvernement a dévoilé la nouvelle liste des "espèces susceptibles d’occasionner des dégâts" (ESOD), autorisant leur chasse ou leur piégeage sous certaines conditions, ce vendredi 21 août. Valable pour trois ans, cet arrêté provoque déjà la colère de la LPO annonçant un recours devant le Conseil d’État. Voici les espèces concernées.
À nouveau dans le viseur. Le ministère de la Transition écologique a publié au Journal officiel, vendredi 21 août dernier, le nouvel arrêté encadrant les "espèces susceptibles d’occasionner des dégâts" (ESOD). Renards, fouines, belettes, corbeaux, corneilles, pies, geais et étourneaux pourront, selon les départements et sous certaines conditions, être chassés, piégés ou capturés pendant les trois prochaines années.
Le classement ESOD, qui a remplacé l’ancienne appellation d'"animaux nuisibles", vise officiellement à prévenir ou limiter les dommages causés notamment aux activités agricoles, aux élevages ou à certaines propriétés. Le dispositif est établi par département pour les espèces indigènes et précise les périodes, les territoires et les méthodes de "destruction" autorisées.
Des espèces très différentes concernées
Le nouvel arrêté concerne notamment plusieurs petits mammifères et oiseaux. Parmi eux figurent la belette, la fouine, la martre, le renard roux, mais aussi le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet, avec des situations qui peuvent varier fortement d’un département à l'autre.
La réglementation ne donne toutefois pas carte blanche pour éliminer ces animaux partout et par n'importe quel moyen. Les conditions dépendent de l'espèce et du territoire concerné.
Pour la belette, la fouine et la martre, par exemple, le piégeage peut être pratiqué toute l'année, mais dans un cadre précis, à savoir à moins de 250 mètres d'un bâtiment ou d'un élevage particulier ou professionnel, ou sur des terrains consacrés à l'élevage avicole.
Selon les départements, pour le renard, les modalités peuvent comprendre le tir, le piégeage ou encore le déterrage, conformément aux règles fixées par l'arrêté du 10 août 2026. Ce dernier abroge celui du 3 août 2023 et constitue donc le nouveau cadre réglementaire pour la période de trois ans à venir.
La composition de la liste peut différer d'un département à l'autre. Le Code de l'environnement prévoit, en effet, que les espèces indigènes sont classées département par département, sur proposition des préfets.
Dans l'Ain, par exemple, le nouvel arrêté classe le renard, la fouine, le corbeau freux et la corneille noire sur l'ensemble du département. D'autres territoires disposent de listes ou de restrictions différentes.
Les associations dénoncent une politique "inefficace"
La publication de l'arrêté intervient alors que la politique des ESOD est vivement contestée par les organisations de protection de la nature.
La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a annoncé son intention de saisir le Conseil d'État pour demander l'annulation du texte. Son président, Allain Bougrain-Dubourg, dénonce notamment un dispositif qu'il considère comme économiquement et scientifiquement injustifié.
L'association "One Voice" affirme de son côté qu'environ 1,7 million d'animaux pourraient être tués chaque année dans le cadre de ce classement. Ce chiffre correspond aux estimations portant sur les destructions d'animaux classés ESOD.
La contestation s'appuie surtout sur une étude publiée en 2026 dans la revue scientifique Biological Conservation. Menée par des chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle, elle a analysé les données de destruction et les dégâts déclarés afin d'évaluer l'efficacité de cette politique.
Les conclusions de cette étude sont particulièrement sévères. Les chercheurs n'ont pas identifié de relation entre l'intensité des destructions et l'évolution des dégâts déclarés. Autrement dit : tuer davantage d'animaux classés ESOD ne semble pas entraîner une diminution des dommages qui leur sont attribués.
Cela ne signifie pas que les animaux ne peuvent provoquer aucun dommage. L'étude relève notamment que des destructions très localisées peuvent parfois avoir un effet sur une parcelle ou une situation particulière.
L'autre volet de l'étude concerne le coût économique de la politique de destruction. Selon les estimations reprises par le Muséum national d'histoire naturelle, les opérations liées aux ESOD représentent entre 103 et 123 millions d'euros par an, tandis que le coût annuel des dégâts déclarés est estimé entre 8 et 23 millions d’euros.
Le rapport souligne ainsi un paradoxe : les moyens consacrés à la destruction des animaux seraient largement supérieurs à la valeur des dommages officiellement déclarés.
Par ailleurs, ces espèces peuvent être utiles. Les corvidés, par exemple, participent à la dispersion des graines et des fruits, tandis que certains prédateurs contribuent à la régulation naturelle de populations de rongeurs. Le bras de fer se poursuivra donc devant le Conseil d’État...