Ep 28 : Bérengère Krief et les dessous de la série "Têtard"

SAISON 2020 - 2021 , modifié à
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SERIELAND ENTRETIEN - Dans "Têtard", dont la saison 2 sort le 21 décembre sur Mycanal, Bérengère Krief joue une jeune maman qui découvre avec joie et appréhension la parentalité. Aux côtés d'Eva Roque, la comédienne et humoriste dévoile les coulisses de la série. Elle revient aussi sur ses premiers pas dans "Bref", son apparition dans "Hero Corps" et sur ses séries préférées, "The Crown" et "Ally Mc Beal".

C'est dans Bref, la mini-série de Kyan Khojandi diffusée en 2011 pendant le Grand Journal, que le grand public découvre pour la première fois Bérengère Krief. La comédienne y jouait le personnage de Marla. Depuis, elle n'arrête pas de tourner. On la retrouve aussi sur scène. L'humoriste a écrit et joué  plusieurs spectacles. Le dernier, mis en scène cette année, s'appelle Amour.

Fin décembre, c'est dans la saison 2 de Têtard qu'on pourra la voir. Cette comédie diffusée sur MyCanal, décrit avec humour la déflagration provoquée par la naissance d'un bébé dans la vie d'un couple. Car l'enfant n'était pas vraiment prévu. Il crée de sacrées d'angoisses chez le Papa, Ben, et la maman, Emma jouée par Bérengère Krief. 

Dans SERIELAND, le podcast d'Europe 1 Studio par celles et ceux qui aiment les séries et les font, Eva Roque accorde un grand entretien à l'actrice principale. Comment fabrique-t-on un faux ventre de femme enceinte ? Ont-ils vraiment tourné avec des bébés ? Comment Bref a changé sa vie ? Bérengère Krief dévoile les coulisses de la comédie. 

 

(Transcription)

Extrait "Têtard" maternité

Eva Roque : La scène donne tout de suite le ton. Des parents heureux, mais très vite une catastrophe débarque. Vous vous retrouvez enfermée dans la prison de haute sécurité pour mauvaises mères. Derrière la comédie, il y a toujours un sujet sérieux. C'est ça ?

Bérengère Krief : Oui, c'est de partir de styles de films qu'on a beaucoup vu, qu'on connaît par cœur. Et de transformer un problème quotidien comme par exemple : Emma ne souhaite pas allaiter. Alors du coup, on l'enferme dans un quartier de haute sécurité où elle ne se retrouve qu'avec des mères qui sont qualifiées de mères indignes, et on se retrouve un peu dans une prison américaine. Et j'adore. Je pense aux gens qui vont regarder la série et se dire : "Ah ouais, en fait, quand je suis dans ce moment-là, je vais le transformer en film américain et c'est plus rigolo." Et on prend un peu de recul aussi. </span>

Eva Roque : En particulier cet épisode, mais toute la série est bourrée de références, notamment Prison Break et Orange is the new black avec toutes ces femmes. Ce sont des références aussi pour vous ces séries-là ? 

Bérengère Krief : Ah oui ! Prison Break, c'était le tout début des séries super qui arrivaient, qu'on regardait. On attendait la suite avec impatience. J'ai beaucoup regardé, et pas que parce que le comédien était très beau... Et Orange is the New Black aussi. J'ai beaucoup aimé. J'ai plaisir, moi, à rentrer dans ces rôles, je n'ai pas encore eu accès à une série américaine. En tout cas, à chaque fois qu'on tourne, je lis sur le papier quelque chose, je comprends le sujet. Et puis, sur le tournage, j'arrive dans un décor, puis au montage, je découvre. J'adore la scène où on arrive au ralenti avec Bruno Sanches, qui est génial en infirmier un peu pète sec. Et on arrive au ralenti dans cette prison, c'est un bonheur de nous voir là-dedans. 

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Eva Roque : Moi, j'aime beaucoup l'originalité de la série qui tient justement à toutes ces scènes et j'ai l'impression que ces scènes totalement dingues quelque part, c'est un peu le reflet des cauchemars des personnages. Quand on découvre Têtard on a parfois l'impression qu'au départ, c'est comme une deuxième série dans la série. 

Bérengère Krief : Oui, c'est un petit départ peut être pas aussi comédie qu'Un gars, une fille, mais on est sur un couple, des personnages principaux qu'on va suivre. Et en fait la situation de base est posée et puis ça part dans un délire. Le curseur est poussé, la réal va avec. Tout est hyper bien fait, donc c'est ça que j'adore dans cette série. 

Eva Roque : Est-ce que vous vous souvenez du jour où vous avez reçu le scénario de Têtard ? 

Bérengère Krief : Ben oui, j'ai fait des essais pour le personnage d'Emma. J'ai des supers souvenirs de ce moment-là. J'avais rendez-vous. Avant un casting je suis toujours dans le mal, c'est-à-dire que je suis très stressée, j'arrive très longtemps avant. Je bois un café avant. Je ne suis pas bien. J'ai peur d'être en retard, trop en avance. Je me prends vraiment la tête. Et puis, je ne sais pas, j'ai un trac énorme d'être devant des gens qui vont me juger, ça me paralyse. Et cette fois-ci, je ne sais pas pourquoi, je suis arrivée, ils m'ont dit : "Comment ça va ?" J'ai dit : "Comme un casting en fait, je le vis très mal". Et j'étais hyper vulnérable en disant ça. Au lieu de faire : "Oui, ça va,  je suis super contente." Donc vraiment, j'ai été hyper honnête. Et puis après, je me suis servie de cette fragilité pour le personnage. Donc, ça a marché. On m'a rappelé en me demandant de refaire un essai avec Estéban. 

Eva Roque : Vous ne vous connaissiez pas du tout ? 

Bérengère Krief : "En fait, on s'est croisés à Biarritz, sur une plage. J'étais avec une copine et lui connaissait une copine à moi. Il était avec des amis. Ma copine était allée lui parler. Et moi, j'étais en pleine rupture, j'ai fermé les écoutilles. Donc elle est allée les voir. Et puis moi, je suis restée sur ma serviette, déprimée. Donc je me souviens qu'on s'est vu. Il savait qui j'étais et je savais qu'il était. Et après, les essais avec Estéban, ça a tout de suite collé. On avait une écoute mutuelle, un rapport à l'impro et ça a matché tout de suite dans nos deux énergies et ça l'a fait. 

Eva Roque : Et c'était quelle scène que vous avez dû jouer pour ce casting ? 

Bérengère Krief : Je crois que c'était la première avec le test de grossesse. 

Eva Roque : Petit retour en arrière. Saison 1, épisode 1. Affolement des jeunes futurs parents et Emma s'agite avec dans la main quatre tests de grossesses. 

Extrait "Têtard" épisode 1 saison 1

Encore une fois, ce que j'aime beaucoup, c'est qu'évidemment, il y a le rire. Vous avez quatre tests de grossesse, on sent bien que vous n'avez pas du tout envie de tomber enceinte. Entre-temps, il y a Esteban, qui est dans les toilettes en train d'essayer lui-même un test de grossesse pour voir si ça marche ou pas, si c'est fiable. Et puis, à côté de ça, ce qu'elle dit ça nous ramène aussi dans une forme de réalité à laquelle sont confrontés beaucoup de jeunes gens. 

Bérengère Krief : Oui d'un coup, on se dit, qu'on n'est pas du tout prêt à accueillir tout ça. J'ai des copines qui ont vécu ça, ce n'était pas prévu et puis finalement, après, je vois que ça se passe bien. Mais sur le moment, c'est un peu la panique. 

Eva Roque : Combien il y a eu de temps entre les deux saisons ?

Bérengère Krief : On a tourné en janvier 2019, la première saison... 

Eva Roque : Ah donc c'est allé assez vite, vous saviez qu'une saison 2 allait être tournée ?

Bérengère Krief : On l'a su assez rapidement. Le programme avait bien plu. Et puis, on avait envie de voir la suite des personnages, il y avait une suite logique. 

Eva Roque : Justement, là, il y a encore une suite logique. On a envie d'une saison 3. Est-ce que c'est déjà envisagé ou pas ? 

Bérengère Krief : Pas officiellement, mais bon ce serait avec plaisir ! 

Eva Roque : On va débuter au cours de cette saison 1, un voyage initiatique pour ce jeune couple. Têtard a cette originalité d'illustrer les affres de la grossesse par des scènes totalement décalées, voire oniriques. L'arrivée du bébé, par exemple, est envisagée par exemple comme l'explosion d'une météorite sur Terre. On sent bien la notion de déflagration. Qui a eu l'idée géniale de ce titre Têtard qui veut tout dire et qui, pourtant, n'apparaît pas dans vos dialogues... 

Bérengère Krief : Je crois que dans la saison 1, Estéban le dit une fois. 

Eva Roque : Une seule fois. 

Bérengère Krief : Exactement, mais c'est la seule fois. Honnêtement, je ne saurais pas vous dire parce que c'est comme ça qu'on m'a présenté la série et j'avoue que je n'ai pas demandé l'origine du titre. 

Eva Roque : Et c'était déjà comme ça quand vous avez reçu le scénario. 

Bérengère Krief : C'était Têtard oui. Je trouvais que c'était tellement juste que je n'ai jamais posé de question tellement je trouvais que c'était ça. 

Eva Roque : Est-ce qu'il y a beaucoup de scènes que vous avez jetées ? 

Bérengère Krief : Non, pas tant que ça, après comme on est sur des programmes courts, on fait juste ce qu'il faut. Non, je ne crois pas qu'on ait coupé de scènes. 

Eva Roque : Série déjantée, mais très réaliste de ce qu'elle raconte de la grossesse. Je voudrais juste qu'on écoute un dernier extrait de la saison 1. Vous êtes à quatre mois de grossesse et vous en avez vraiment marre. 

Extrait saison 1 

La question va peut être vous paraître un peu idiote, mais avec Estéban, vous incarnez extrêmement bien ces jeunes parents alors que vous n'avez pas connu cette expérience dans vos vies. Alors certes, vous êtes d'excellents comédiens. C'est le boulot des comédiens de savoir interpréter ces rôles-là. Mais comment la magie entre vous s'est faite ? Comment vous êtes parvenue à raconter aussi bien des situations qui touchent quand même à l'intime ? 

Bérengère Krief : Je pense qu'avec Estéban, je parle en son nom mais on en a beaucoup parlé parce que, pour nous traverser l'expérience de la grossesse, même en fiction, finalement, ça nous nourrit. Et je pense tous les deux qu'on a un peu peur de cette épreuve, mais qu'on en a très envie, donc on est très observateur des gens autour de nous. On se raconte beaucoup d'anecdotes d'amis qui ont eu des enfants. Je pense qu'on a ce côté observateurs qui nous a nourri parce que nous aussi, on se projette et on se dit qu'un jour, ça peut nous arriver. Donc, on a ce stress d'avoir un enfant. On a ce stress d'être des mauvais parents. Et moi, j'ai énormément d'anecdotes quand j'écoute cette scène. Je l'ai rebossé avec les réalisateurs. Mais j'ai juste raconté tout ce que mes copines m'avaient raconté. 

Eva Roque : C'est ce que j'allais vous demander. Vous connaissez toutes ces scènes par cœur... 

Bérengère Krief : Oui... Aujourd'hui, j'ai plus de copines qui sont mamans, que de copines, qui ne le sont pas. Donc, j'en ai entendu des tonnes et des tonnes. Aujourd'hui, heureusement, on entend beaucoup plus parler de ça alors qu'avant chacun couvait dans son coin et on avait l'impression que c'était très simple. Je suis contente qu'on puisse aborder ces sujets, de dire la vérité de tous ces problèmes. On est en train de fabriquer une vie. Évidemment qu'il va y avoir des répercussions sur le corps, c'est normal. Mais c'est vrai que moi, j'ai toujours vu des gens couver où on a l'impression qu'il n'y a aucune incidence. On se demande pourquoi nous il nous arrive tout ça. Donc, je pense que c'est ça qui nous réunit avec Estéban. Une peur et une très grande envie d'être parent et en même temps, une qualité d'observation de notre entourage. 

Eva Roque : Alors, la saison 2 de Têtard il y a le bébé, une petite Camille. D'ailleurs, qui a choisi le prénom de l'enfant ? 

Bérengère Krief : C'était dans le scénario. Il y a toute une thématique sur le masculin / féminin dans cette série, on essaye de vraiment dégénérer tout ça. Donc, le prénom est mixte et je pense que ce n'est pas pour rien. 

Eva Roque : Et c'est vrai qu'on se demande si c'est une petite fille ou un petit garçon à plusieurs reprises dans la série, tout à fait. Vous avez tourné avec un vrai bébé ? 

Bérengère Krief : Avec de vrais bébés. 

Eva Roque : Comment ça s'est passé sur le tournage ? 

Bérengère Krief : Ce qui était drôle, c'est que moi, j'adore les enfants. On devait faire la scène, dans un endroit assez étroit, on n'avait pas beaucoup de temps, donc on n'est pas beaucoup là. Les réalisateurs sont dans leur coin. Ils parlent avec les parents du bébé qui vient. Et moi, j'arrive sur la scène et on me dit : "Voilà, tu portes l'enfant et tu le poses dans le lit. Après tu le donnes à la mère." En fait, l'enfant pleure et on le laisse pleurer parce que c'est ce qu'il faut dans la scène. Mais moi, personne ne me l'a dit. Il fallait vraiment comme un autiste qu'on me dise exactement ce qui allait se passer. Parce qu'en fait moi, je décuplais une empathie pour le parent que j'ai vu arriver, stressé quand même de me prêter son enfant et qui le voit transporté, etc. Et en fait, je me disais que j'avais besoin de parler aux parents. J'ai réuni tout le monde. J'ai dit : "Écoutez, là, j'ai trop stressé." Je ne savais pas quoi faire. Ça me faisait paniquer. Donc pour rester dans mon rôle et être à fond et être libéré de ça, j'organisais un trait d'union avec tout le monde. "On est d'accord qu'on laisse un enfant pleurer ? vous êtes OK avec ça ?" Je voulais un consentement, parce que c'est quand même un bébé !

Eva Roque : Oui, mais c'est peut être pour ça aussi que la série est si réaliste et que vous êtes aussi juste dans le jeu parce que vous avez eu ces angoisses-là. 

Bérengère Krief : J'ai deux nièces, un neveu, des petits cousins et quand je vois les bébés je suis hyper angoissée. Donc c'est pour ça que je ne me suis pas encore reproduite d'ailleurs, parce que je pense que j'ai un peu de lâcher prise à faire avant. Mais c'est vrai que quand sur le tournage, on avait des enfants, il y a un côté moment présent. Il y a une magie qui s'opère, c'est-à-dire que l'enfant est très bien quand tout le monde est en train de préparer le set et la technique. La technique s'installe. Les enfants sont toujours joyeux et à l'aise. Les parents ne les emmènent pas alors qu'ils sont timorés. Et puis, il y a un moment, on dit : "action, tournage", il y a un silence, et l'enfant se dit : "Mais qu'est ce qui se passe ?" Comme ils ressentent toutes les émotions fois mille, parfois, un enfant qui était super sympa, va complètement paniquer. Donc, des fois, on a fait un truc, c'est qu'on continue. On ne dit rien. Donc ça joue, et il y a de la vie, quoi. 

Eva Roque : C'était la première fois que vous jouiez avec des enfants à ce point là ?

Bérengère Krief : J'avais fait une scène dans Adopte un veuf. On était dans une maternité et il y avait des enfants mais je ne les tripotais pas. Je ne manipulais pas l'enfant. Mais là c'est la première fois que je suis maman. 

Eva Roque : Mais c'est intéressant ce que vous disiez sur le fait que vous n'êtes pas encore maman aujourd'hui parce que vous vous posez toutes ces questions. Est-ce un rôle dans une série comme ça ou vraiment vous vous posez toutes les vraies questions, quand vous rentrez chez vous, vous vous posez des questions que vous ne vous êtes jamais posé auparavant ?

Bérengère Krief : C'était un tournage assez court donc, je n'ai pas été imbibé dans la vie d'une mère pendant six mois. Mais c'est vrai que j'ai toujours été intriguée par la grossesse. Je me rappelle j'ai lu il y a très longtemps le livre d'Alessandra Sublet qui s'appelait T'as le blues baby ? et qu'elle a fait après sa première grossesse. Pourquoi moi avec aucun projet d'enfant j'ai lu ce livre il y a sept, huit ans. Donc je sais que c'est un sujet qui m'intéresse. Je sens mon désir d'enfant qui est là. Je n'ai jamais douté d'avoir envie d'un enfant, mais pourtant il y a une espèce de peur. Je verbalise un peu mieux maintenant. J'ai l'impression de devoir choisir entre ma vie de mère et ma vie professionnelle. 

Eva Roque : Dès le premier épisode, on sent que vous avez l'impression que vous allez passer dans une autre vie, que la vie de couple disparaît au profit de l'enfant. 

Bérengère Krief : Déjà, la vie de couple, et puis les copains, la sociabilité, mes envies. Je vois une journée que je peux vivre aujourd'hui, je ne sais même pas quoi me faire à manger, moi. Alors si j'avais un enfant, j'ai envie qu'il soit bien quoi... Donc, je crois que ce sont des peurs qu'il faut régler un petit peu avant. Et puis, je crois surtout que la vie est bien faite et que si ça doit arriver, ça arrive. Il y a des choses, un moment où on se pose plus de questions.  

Eva Roque : Vous parliez des copains, je vous propose de retrouver Xavier Lacaille, c'est un des scénaristes de la série Têtard. Il joue dans la série le copain de Ben et avec sa petite amie, qui est la mère des deux enfants qu'ils ont ensemble, ça va pas fort. C'est le moins qu'on puisse dire. 

Extrait Têtard / Saison 2

J'aime beaucoup aussi Têtard parce qu'au delà de votre couple, que vous formez avec Estéban, tous les seconds rôles sont formidables et ils sont importants parce qu'il y a les parents, donc vos parents, et la maman de Ben, en l'occurrence, et puis les copains. Comment était l'ambiance sur le tournage ? C'était comme on peut l'imaginer quand on regarde la série, une série de potes ?

Bérengère Krief : Toute la bande de copains, en tout cas on était content de se retrouver puisqu'on s'était déjà vus pour la saison 1. Et puis après, on a eu des guests qui sont venus un peu comme ça, par ci, par là. Et ce n'est pas moi qui ai choisi. Le casting a été fait par les réalisateurs et j'ai trouvé que tout était juste dans le ton et que tout le monde était super. Tout le monde apporte sa pierre à l'édifice. Il y a une unité. On est tous ensemble au service du projet et c'est ça qui est chouette. 

Eva Roque : Dans SERIELAND on adore les coulisses de tournage. Il paraît que Estéban s'est amusé à vous donner des grands coups de poing dans votre faux ventre de femme enceinte dans les couloirs de la maternité en disant qu'il en a marre de cet enfant... 

Bérengère Krief : J'avais le faux ventre toute la journée et tout, et je ne sais pas comment c'est venu. D'un coup, il me met des coups de poing comme ça en disant : "Je n'en veux pas de cet enfant". C'était dans les couloirs de la maternité. Personne ne nous a rien dit parce qu'on rigolait trop... 

Eva Roque : C'est comment un faux ventre de femme enceinte ? 

Bérengère Krief : Pour la petite histoire, moi j'ai eu la chance j'ai pu réutiliser les faux ventres qui avaient été faits pour Marilou Berry dans son film Joséphine. J'ai demandé à la production si on pouvait les prendre. C'est super bien fait. C'est assez impressionnant parce que même sans le t-shirt, y'a vraiment une qualité de peau, c'est un peu en silicone. C'est facile à porter, c'est comme un body et c'était assez agréable. Je n'ai pas détesté parce que je n'avais pas quelqu'un qui vivait à l'intérieur de moi, donc je trouve ça sympa. Moi je suis toujours un peu en train de rentrer mon ventre. Là, plus de soucis, il est sorti, donc c'était marrant. 

Eva Roque : Si vous voulez balancer des dossiers sur Estéban ou sur Xavier Lacaille, c'est le moment...

Bérengère Krief : L'extrait que vous avez passé là, on est tous les quatre dans une salle de bain et on est en week-end. Et eux, c'est le couple qui s'engueule devant nous et on est très mal à l'aise. Entre Andréa Brusque et Xavier Lacaille, les deux comédiens il y a une énergie qui s'est faite et ce sont des improvisateurs de fous. Pour cette scène nous on est spectateurs, j'ai failli rire mille fois parce que Xavier inventait des trucs, et elle aussi. C'était toujours plus gros et c'était un bonheur à tourner. 

Eva Roque : Il y a une grosse part d'improvisation dans toutes vos scènes ou c'était très écrit et il fallait s'en tenir au scénario. 

Bérengère Krief : Déjà on fait une lecture ou deux avant pour dire : "Tiens, moi, je dirai ça comme ça, etc." C'est du temps de gagné au tournage parce que du coup, on a pu resserrer ce qu'il y a à resserrer, aller plus loin quand il le faut. Et après, oui, il y a toujours un peu d'impro. On nous laisse un peu libres sur des moments qui ne sont pas forcément écrits. On va improviser. 

Eva Roque : Têtard, c'est une comédie avec une écriture qui est très maligne, qui permet d'évoquer, à travers des scènes burlesques, des sujets d'actualité. Petit exemple avec Estéban, qu'on retrouve couche à la main. 

Extrait Têtard / Saison 2 

Dans SERIELAND, on dit souvent que les séries sont le reflet de notre société. Là, on est en plein dedans. Surtout par rapport aux perturbateurs endocriniens, on a en moins de deux minutes, tous les thèmes qui concernent aujourd'hui les mamans, avec les produits dont on ne sait pas d'où ils viennent...

Bérengère Krief : Moi, sans être maman, j'ai déjà des problèmes, je ne sais plus à qui faire confiance. Qu'est-ce qui est bien ? Qu'est-ce qui n'est pas bien ? Avec un enfant, j'ai vu des copines ne plus utiliser certains produits, etc. Donc là, on est quand même vraiment dans le thème avec cet épisode. Les deux parents ne sont pas forcément d'accord, mais il y en a quand même un plus cool que l'autre. Moi, je suis là : 'Non mais attends, sinon on ne fait plus rien". Et lui pète un câble en se disant : "Mais dans quel monde on vit ?" Et donc, ça donne une situation de comédie, comme d'hab. 

Eva Roque : En matière de séquences de comédie, il y a un épisode qui est très drôle avec votre père dans la série qui décide de venir s'occuper de la petite Camille. L'épisode est construit comme un épisode de Man vs Wild. C'est l'émission télé qui met en scène un animateur dans un milieu sauvage et qui doit se débrouiller comme il peut pour survivre. Et donc, votre père, lui, vit son aventure mais au milieu des biberons et couches. Et ensuite, Ben et votre personnage êtes face caméra et vous racontez votre ressenti. 

Extrait Têtard / Saison 2

J'adore cet extrait parce que ça montre à quel point certaines séries deviennent des références, une sorte de langage universel. Et en parlant de référence et de langage universel vous avez joué dans une série qui a inventé un genre et une nouvelle écriture. Petit extrait.

Extrait Bref

Vous avez aussi été Marla dans la série Bref, à voir et revoir sur YouTube une création de Kyan Khojandi dans laquelle vous jouiez avec lui. Et puis vous chantez cette petite chanson de croquettes, votre chat. J'ai pris cet extrait parce que vous chantez aussi dans Têtard. Vous aimez beaucoup chanter ...

Bérengère Krief : Pour la petite histoire moi, j'ai toujours eu un complexe de chanter. J'aime chanter seul, très fort quand la musique est très forte, et que je n'entends pas ce que je fais. J'ai toujours eu l'impression d'avoir une voix de crécelle, insupportable. Et juste avant, Bref, je jouais dans un spectacle pour enfants. Je devais faire une princesse qui avait une chanson et la chanson a été enlevée parce que je ne chantais pas très bien. Donc, ça me met bien en confiance. Et après, j'ai ce truc à chanter dans Bref. On voit que je sais très bien chanter faux. C'est resté très connu. Il y a plein de gens qui me demandent de la chanter ou qui l'ont en sonnerie de téléphone. Pour Têtard, on fait l'épisode comédie musicale et on me dit : "Est-ce que tu veux chanter ou est-ce que tu veux qu'on prenne quelqu'un ?" Je me dis que j'ai trop envie. Donc, j'ai pris des cours de chant. On a préparé les chansons et tout et pendant l'enregistrement je suis tellement vulnérable que quand j'ai un gros trac, je libère ça en pleurant. Donc, du coup, j'ai eu cette montée de trac. Je me suis mis la pression de dingue. J'étais à The Voice dernier épisode. Je suis très contente de l'avoir fait. Je suis super contente du résultat. 

Eva Roque : Vous chantez très bien ! 

Bérengère Krief : C'est un peu mieux que dans Bref oui ... 

Eva Roque : Je ne me lasse pas de l'histoire de votre arrivée dans cette série phénomène Bref. Vous avez bien failli passer à côté... 

Bérengère Krief : Avec Kyan on se connaissait, on jouait au même endroit, dans une pizzeria café-théâtre depuis pas mal de temps. Il m'appelle début juillet en me disant : "On tourne un truc cet été. Est-ce que t'es dispo ?" Je lui dis : "Bah écoute, moi je joue jusqu'en juillet. J'ai quinze jours de vacances en août, c'était la première fois que je posais des vacances parce que j'avais beaucoup bossé. Et puis, je reviens le 15 août. Donc dis moi quand est-ce que c'est." Et puis il ne me dit rien. Il me dit juste qu'on tourne un truc quoi. Des copains qui tournaient des trucs, j'en avais fait pas mal. Et il me dit : "C'est début août", je lui dis que ce sont mes vacances. Je raccroche en me disant que je vais prendre des vacances. Harry Tordjman, producteur de la série m'appelle et me dit : "Écoute Bérangère, Kyan et Navo ont écrit ce rôle pour toi. Je vais t'envoyer les textes pour que tu te rende compte. C'est pour Canal+. Ce sera la rentrée. Ce sera diffusé au Grand Journal." A l'époque, on est assez jeune. Les projets qui sont diffusés ne sont pas nombreux. Tout était chouette dans le projet. J'ai lu les textes et je me suis dis : "Ah oui, d'accord, je vais peut être pas partir en vacances." J'ai accepté et je ne regrette pas. Mais Kyan ne me précisait pas. Il est très humble comme garçon. Donc, il ne voulait pas me dire : "Attends, ça va être chanmé", il ne voulait pas se vendre... 

Eva Roque : Je pense quand même que vous avez tous été dépassés par le succès de la série. Quand on dit une série phénomène, ce n'est pas un euphémisme. 

Bérengère Krief : Les épisodes étaient très courts. Donc bon, on ne se dit pas qu'on va révolutionner le monde avec 1 minute 30. Et puis, on ne se rendait pas compte, nous, sur le papier du montage et de tout ce qu'ils allaient faire avec. J'étais dans une série qui était très cool. J'avais tout aimé ce que j'avais tourné. Je ne savais pas trop où ça allait aller parce que c'est très bref. Et puis, à la rentrée, c'était le feu. 

Eva Roque : Et oui, quand vous dites c'était le feu. Votre vie change.

Bérengère Krief : Je pense aux Miss France qui doivent vivre ça du jour au lendemain. Je suis là. Et puis, d'un coup, je suis là, mais c'est très différent. Et moi, c'était assez difficile cette période, où je me disais que mon spectacle se passe super bien. C'est le métier que j'ai choisi de faire. Je suis dans la série du moment. Et je le dis souvent aux jeunes comédiens et comédiennes qui me demandent des conseils, on cherche cette gloire là qui semble tout réparer, nous nourrir et en fait pas du tout. Il y a vraiment un équilibre à trouver. Pour moi, c'était dans ma vie personnelle. Je me dédie tellement à ça que finalement, ma vie était géniale dans mon travail puis je rentrais chez moi et finalement, je me demandais qui je suis moi en dehors de Bérengère Krief, Marla, etc. C'est un travail que je fais encore aujourd'hui, qui est important. Ce ne sont que des shots d'adrénaline en fait. Bien sûr que c'est génial d'être dans une série, que tout le monde parle de nous. Moi, je voulais être reconnue pour ce que je faisais. Mais en dehors, il faut avoir les épaules, je dis toujours que ça fait comme quand on est nouveau dans un collège, et donc tout le monde te regarde. Après tu sais plus si tout le monde regarde, mais tu dis que peut-être tout le monde va te regarder. Donc tu dis : "Je veux bien me coiffer pour aller prendre ce métro ou aller acheter mon pain", ce qui n'a aucun sens. 

Eva Roque : J'aimerais juste qu'on écoute quelques secondes d'un autre épisode de bref, parce qu'il fait référence, en l'occurrence, à une série. 

Extrait Bref 

C'était une parodie d'Hélène et les garçons. Vous êtes tous de la même génération. Dans Bref, vous avez grandi avec Hélène et les garçons... 

Bérengère Krief : Ce jour-là, j'étais comme une petite fille le soir de Noël. Ils avaient refait le décor à l'identique, ils ont fait un travail de dingue. Et en plus, c'est qu'une petite séquence de l'épisode. Et nous, où on voulait aller refaire dix fois la scène. C'était l'euphorie totale. 

Eva Roque : On est bien d'accord c'est une parodie. Vous n'êtes pas avec les vrais comédiens d'Hélène et les garçons... 

Bérengère Krief : Non, c'est nous qui faisions les comédiens. 

Eva Roque : Et vous vous y êtes crus pendant un instant...Vous avez grandi avec Hélène et les garçons ? 

Bérengère Krief : Oui, moi, je suis vraiment de cette génération. Je rentrais de l'école et je regardais Premiers baisers, Hélène et les garçons, Le miracle de l'amour, je regardais ça tout le temps. Avec le recul, je ne sais pas ce que vous voulez me dire. Je crois que ça me disait que les garçons parlent de nous quand on n'est pas là, ce qui est un peu faux. Ils n'en parlent pas autant que ça, ce n'est pas très vrai. Et peut-être qu'on a autre chose à faire que de parler des garçons. 

Eva Roque : Mais ça serait bien que vous le revoyez parce que je pense que vous allez voir que la société a un peu évolué. Patrick Puydebat qui jouait Nicolas. Vous avez un point commun avec lui parce que vous avez joué dans une autre série qui est devenue culte aussi. 

Extrait Hero Corp

Il était vampire de jour. Alors il ne prononce pas très bien les mots parce qu'en fait, il a un dentier et on sent que ça le gêne. C'était un extrait de la série Hero Corp de Simon Astier. On y consacrera bientôt un épisode de SERIELAND. Quels souvenirs gardez-vous de cette série ? 

Bérengère Krief : Moi, je suis venu faire un petit coucou. Je faisais Britney, l'ex du personnage de Simon, et on était un peu dans les années 90 aussi. Il y avait toute une partie qui était très drôle à tourner aussi avec des coiffures et des look pas possibles. Donc ça, ça me fait toujours marrer. 

Eva Roque : Un petit coucou d'accord, mais vous choisissez quand même bien vos rôles parce qu'à chaque fois, la série devient une référence et devient quelque part culte. Comment vous faites d'ailleurs pour dire oui ou non à un projet quand vous recevez un scénario de série, notamment ? 

Bérengère Krief : Je suis assez intuitive. En lisant, soit il y a quelque chose au fond de moi qui dit : "J'ai tellement envie de dire tout ça", soit rien. Je ne choisis pas en fonction de ce que ça va apporter dans mon métier. Alors ça joue, évidemment, mais si la seule raison, c'est juste d'être vu quelque part, généralement, je ne le fais pas. Mais c'est en lisant, je me dis que j'ai trop envie de faire ce personnage ou ça évoque quelque chose de moi. Il y a quelque chose à dire. Donc, c'est juste comme ça que je choisis. 

Eva Roque : On parlait de d'Hélène et les garçons, si aujourd'hui vous deviez incarner un personnage d'une série qui a déjà existé, vous auriez aimé être qui, par exemple ? 

Bérengère Krief : Je sais qu'à un moment, quand je suis arrivé à Paris, c'était très dur. J'avais une vingtaine d'années. Je ne bossais pas beaucoup encore. J'avais des cours de théâtre et je n'étais pas très occupée, je n'avais pas beaucoup d'amis. Et je regardais beaucoup la série Ally Mcbeal, à l'époque, j'aimais trop. 

Eva Roque : Je sais pourquoi vous aimez ce personnage parce qu'il y a aussi cette part de musique. 

Bérengère Krief : Oui, c'est vrai que la musique c'est important. C'est marrant parce que je n'ai jamais été très fan d'un groupe. Mais la musique en général, comme dans les films, c'est vraiment un vecteur d'émotion et ça me permet vraiment d'exprimer quelque chose. Comme je ne peux pas chanter, je prends les chansons des autres, mais c'est vrai que la musique, ça me fait vraiment vibrer. 

Eva Roque : Ce que fait Ally Mcbeal, avocate dans un grand cabinet à New York, qui s'amuse à chanter dans le bar... 

Bérengère Krief : Ils font régulièrement des karaokés. Ils ont des toilettes mixtes. À l'époque, ça me faisait beaucoup rire. Je trouvais qu'il y avait vraiment une galerie de personnages complètement loufoque. Tout le monde est un peu dans son masculin, dans son féminin. On est quand même dans des personnages masculins qui sont très doux. Et puis elle était top. Et puis, c'est toute sa vie intérieure aussi, ses doutes, ses hallucinations. Elle voit ce petit bébé, d'ailleurs, qui est horrible en animation. J'aimais beaucoup aussi quand j'étais plus jeune Les incroyables pouvoirs d'Alex. C'était un programme jeunesse quand j'avais 13 /14 ans. En fait, c'était une jeune Américaine qui vivait dans un lotissement classique avec son vélo et des franges qui pendaient de son guidon. Elle avait des superpouvoirs. Elle pouvait se liquéfier ou disparaître. Elle avait un look que j'adorais, des grandes nattes, une casquette à l'envers. Elle n'était pas garçon manqué, mais elle avait un look pas très féminin, on va dire dans l'esprit. Et en fait je m'habillais comme elle. Je crée avec mes habits mes propres looks. Avec le recul, je me dis que c'était une des seules héroïnes qui n'était pas en train de rêver d'amour, qui avait un vélo, qui était dans la rue, qui avait des aventures. J'aimais bien ça et je me reconnaissais en tout cas dans ce personnage. 

Eva Roque : Quand vous regardez des séries, ça vous donne aussi une certaine vision du monde et donc ça vous façonne un peu ? 

Bérengère Krief : Je pense vraiment. Je trouve qu'aujourd'hui d'ailleurs, dans les séries que je peux regarder, il y a un vrai ton qui est donné dans le fait d'être non genré dans le rapport de la femme à l'homme. Je pense à une série que j'ai regardé, qui s'appelle Mrs. Fletcher, qui est formidable. On a des adolescents, qui flirtent, qui vont coucher ensemble, etc. Il y a une notion du consentement d'une fille qui peut dire non, se respecter, vraiment s'écouter, etc. C'est des notions que je connais maintenant, parce que je suis plus vieille, mais que je trouve intéressant de donner directement aux adolescents sur la sexualité. C'est vraiment là qu'on pioche la clé. Moi, j'ai grandi avec Hélène et les garçons. Bon, ils étaient mignons à se rouler des pelles à la cafet' chastement. Mais ils parlaient de défis à la fin de la répet', on avait l'impression que c'était le projet de leur vie. Puis après, tu sors avec un mec qui ne te calcule pas parce qu' il fait sa vie et que toi, tu devrais faire la tienne aussi et personne te le dis. Quand je vois aujourd'hui, Enola Holmes qui est un film sur Netflix, c'est la petite sœur de Sherlock Holmes. C'est donc la version féminine de Sherlock Holmes. Je me dis que les gamines qui voient ça s'identifient et heureusement. C'est super elle est inventive, astucieuse, elle part toute seule. Elle a un petit amoureux, les rôles sont complètement inversés, mais c'est bien fait. Je vois plein de séries où je vois ça. Et c'est tant mieux. Je suis très heureuse de voir ça. 

Eva Roque : Il y avait une raison supplémentaire quand vous invite dans SERIELAND Bérengère Krief, c'est que votre premier spectacle s'appelait Ma mère, mon chat et Docteur House. 

Bérengère Krief : Alors ça n'en parlait pas du tout... 

Eva Roque : Je me souviens d'avoir vu le spectacle, ça m'a fait bizarre parce que je ne me souvenais pas qu'on parlait de séries et de Docteur House dans le spectacle...

Bérengère Krief : C'était un texte écrit d'ailleurs à l'époque par Christine Berrou. Je faisais une candidate de la Nouvelle Star et je disais à un moment que ce que je préfère dans la vie, c'est ma mère, mon chat et Docteur House. Et en fait, on trouvait que ça sonnait bien pour le titre et je l'ai gardé. Mais tout le monde me disait que ça ne parle pas du tout. Donc j'ai changé de titre... Une belle arnaque !

Eva Roque Il paraît que plus récemment, c'est une autre série de femmes qui vous a enchanté. 

Extrait The Crown

On vient d'entendre la première scène entre Lady Di et le prince Charles dans l'épisode 1 de la saison 4 The Crown, ça vous fait rêver ce genre de scènes où c'est la série dans son ensemble qui vous plaît ? 

Bérengère Krief : Je trouve le pari formidable parce qu'on est toujours dans des décors incroyables, dans le luxe, dans la richesse, dans la solitude de cette femme, dans des immenses salons, la rudesse, le protocole. Et en même temps, un moment on se dit c'est peut être moi. 

Eva Roque : Oui, il y a un processus d'identification ... 

Bérengère Krief : Oui et je le trouve super. Les deux premières saisons, j'aimais beaucoup Claire Foy qui incarne, la reine Elizabeth, qui était formidable. J'ai aimé découvrir un pan de la vie que je ne connaissais pas. J'adore tout ce qui est inspiré de faits réels. Je vais regarder sur Wikipédia ce qui est vrai, ce qui n'est pas vrai. Donc, c'était vraiment instructif. Et là arrivent les épisodes avec Lady Di et moi, Lady Di le jour où elle est décédée je me rappelle très bien. C'est noté dans mon journal intime de l'époque. C'était un drame. Je me souviens que c'était un matin d'août. C'était le 31 août 99 et on était avec mes cousins. On avait dormi chez mes parents. Et puis mon oncle arrive il nous annonce : "Lady Di est morte". On voyait les infos, le journal, etc. tout l'engouement médiatique qu'il y avait autour d'elle. Dans Amélie Poulain il y a ça. Il y a un truc où on annonce et c'est le début du film. Elle fait vraiment partie de mon enfance et donc c'est intéressant de comprendre un petit peu plus de l'intérieur le point de vue du prince Charles qu'on a peu entendu que je trouve très intéressant dans la série. Ce personnage qui aime faire du théâtre, à qui on dit : "Non, tu ne vas pas faire du théâtre", qui veut épouser quelqu'un, on lui dit : "Non pas elle". Du coup, il a beaucoup encastré, alors que dans ma tête, c'était un peu le connard, le mec pas sympa qui a roulé dans la farine quelqu'un. Je trouve intéressant de voir dans n'importe quelle histoire d'amour la co-responsabilité de ce qu'on fait et de ce qu'on inflige à l'autre. Et en même temps, de pourquoi elle reste aussi Lady Di ? Pourquoi elle ne peut pas vraiment partir ? Parce qu'à un moment, c'est peut être une possibilité et on le voit dans la série. Et puis, je ne sais pas. Ce que j'ai aimé aussi, c'est que là, en ces temps de confinement, d'infos, etc. je trouve le ton et le calme, le flegme anglais qui fait beaucoup de bien en terme de sons. C'est un peu feutré comme ça et en fait, ça apaise vachement. Je ne peux pas regarder Vikings en ce moment par exemple. 

Eva Roque : Oui, je vous comprends, trop de violence. 

Bérengère Krief : Pour autant, il se passe des émotions quand même assez rudes, mais c'est agréable. 

Eva Roque : Mais donc vous êtes une grande consommatrice de séries. 

Bérengère Krief : En ce moment je ne jouais pas, donc j'ai profité de prendre le temps pour regarder des séries. 

Eva Roque : Est-ce que vous avez revu des séries dont on vous parlait depuis des années ? 

Bérengère Krief : Non, je n'ai toujours pas regardé Game of Thrones par exemple ... 

Eva Roque : Est-ce que vous avez regardé Friends ? C'est notre grande question à chaque fois. 

Bérengère Krief : Moi, je les ai quasi tous vu, mais je n'ai pas le plaisir de me refaire un marathon. Je les ai beaucoup regardés il y a quelques années. A la TV je tombais dessus tous les matins, je regardais ça. J'ai des copains qui font des marathons Friends. Mais après, je suis triste. Déjà quand je regarde une série, j'ai toujours un petit blues derrière parce que les personnages m'accompagnent pendant des jours. Et puis, d'un coup, ils ne sont plus là. Donc je ne m'inflige pas ça parce que dans Friends, on s'attache très vite aux personnages. 

Eva Roque : Juste une dernière petite question parce qu'on m'avait parlé de votre journal intime. D'abord, est-ce que vous l'avez toujours ce journal intime et est-ce que vous le relisez de temps en temps ? 

Bérengère Krief ; Oui. Pour écrire mon spectacle Amour, j'ai voulu me replonger dans l'adolescence. Ma mère avait gardé tous mes carnets donc je les ai relu et c'est très marrant. Je me rends compte que j'exprime très peu mes émotions. Finalement, je suis très narrative et en même temps, il y a des choses qui transparaissent, par exemple au tout début je suis assez petite, je dis quand je vais au centre commercial avec ma mère. "Aujourd'hui, nous sommes allés à Carrefour", c'est la grande sortie de la journée apparemment. Il y a des petites choses comme ça et puis le rapport aux garçons, je suis une rêveuse, je suis un peu amoureuse de lui et aussi de lui. Je suis une rêveuse, mais c'est hyper intéressant de relire son journal. 

Eva Roque : Vous avez l'impression que c'est vous ou vous lisez le journal d'une enfant et qui est bien éloignée de vous aujourd'hui ? 

Bérengère Krief : Des fois oui, j'ai l'impression que ce n'est pas moi je ne me rappelle pas avoir écrit ça. Mais je fais un truc qui est très drôle, c'est que je parle à des gens. Je suis en stand up dans mon journal intime. Je dis un truc et je dis : "C'est très drôle, n'est-ce pas ?" Je fais vraiment des apartés de stand up. Comme quoi c'était déjà écrit. 

 

"SERIELAND" est un podcast Europe 1 studio

Autrice et présentation : Eva Roque
Réalisation : Christophe Pierrot
Cheffe de projet édito : Adèle Ponticelli
Diffusion et édition : Clémence Olivier, Magali Butault, Tristan Barraux et Salomé Journo
Graphisme : Karelle Villais
Direction d'Europe 1 Studio : Olivier Lendresse

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