EDITO - "Le seul tort de Colin Kaepernick, c’est d’avoir eu raison trop tôt"

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© Europe 1
L'édito sport est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Son visage s'affiche partout dans les manifestations qui secouent les Etats-Unis. Quatre ans avant la mort de George Floyd, le quarterback Colin Kaepernick protestait déjà contre les violences policières dans ce pays, en mettant un genou à terre lors de l'hymne national. Un geste qui avait fait de lui l'un des sportifs les plus détestés des USA.

Colin Kaepernick est devenu une icône aux Etats-Unis depuis la mort de George Floyd. On voit partout la photo de l’ancien joueur de foot américain un genou à terre, quand il protestait pacifiquement contre les violences policières. Pour vous, ça devrait nous forcer à revoir nos jugements quand des sportifs s’engagent. 

Le seul tort de Colin Kaepernick, c’est d’avoir eu raison trop tôt. Pendant toute la saison 2016, le quaterback des 49ers de San Francisco a mis un genou à terre au moment de l’hymne américain avant les matches pour protester contre les violences policières dont sont trop souvent victimes les Noirs aux Etats-Unis. Et à cause de ça il a tout perdu.

Il est devenu le sportif le plus détesté dans son pays, parce qu’on lui reprochait de ne pas aimer l’Amérique, celle du slogan America First, et derrière, il n’a plus jamais retrouvé de club. Vous comprenez, il avait beau être un excellent joueur, son image était trop écornée, et ça c’est mauvais pour le business. Pas un coach, pas un propriétaire de club n’est venu le chercher. Personne.

Et là depuis la mort de George Floyd, on voit Colin Kaepernick partout. Enfin pas lui, il ne donne jamais d’interview, il est très discret. Mais sa photo, avec un genou à terre et cette légende : "this is why". Vous comprenez pourquoi maintenant ?

Si l’actualité n’était pas aussi tragique, si on ne parlait pas de la mort d’un homme et d’un pays qui s’embrase, ce serait presque drôle de voir ce retournement de veste collectif. Ah oui, il avait raison, il ne faisait que dénoncer pacifiquement une situation que beaucoup de gens font semblant de découvrir ou de redécouvrir aujourd’hui, quatre ans plus tard. Alors que Colin Kaepernick n’a rien demandé, tout ce qu’il fait aujourd’hui, c’est apporter son soutien aux manifestants et à leur cause.

Les Américains ont peut-être besoin d’un symbole en ce moment, et lui peut l’incarner.

Oui, un symbole, parce que c’est le bon moment. Ça ne l’était pas il y a quatre ans. Le cas de Colin Kaepernick prouve qu’un sportif ne peut pas faire avancer les choses tout seul si un pays n’a pas envie d’entendre son message. Ce serait peut-être bien que ça nous amène à nous poser quelques questions et qu’on évite dorénavant de balayer d’un revers de la main des images qu’on n’a pas envie de voir.

Vous imaginez si aujourd’hui Colin Kaepernick était encore joueur de foot américain et qu’il accomplissait les mêmes gestes de protestation ? Il aurait toute une partie des Américains derrière lui. Dont beaucoup de gens qui ne lui prêtaient aucune attention en 2016. A cette époque il avait 28 ans, il était très fort dans son sport, et toutes les portes se sont fermées.

Je suis prête à parier qu’aujourd’hui, à 32 ans, alors qu’il n’a pas joué depuis quatre ans, il va avoir des propositions de clubs. Il ne faudra pas être trop naïf et s’imaginer que les mentalités ont changé. Peut-être en partie, ne soyons pas trop cyniques. Mais ce sera surtout parce que ce sera plus vendeur, comme image.