Pitié-Salpêtrière : "A force d’avoir des problèmes, Christophe Castaner peut finir par en poser un"

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L'édito du JDD est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Chaque dimanche, Hervé Gattegno, directeur de la rédaction du "Journal du dimanche", livre son édito sur Europe 1.

Bonjour Hervé Gattegno. Vous revenez sur la polémique déclenchée par le ministre de l’Intérieur, qui a dénoncé à tort le 1er-Mai une "attaque" contre un hôpital parisien. Il a fait machine arrière et le Premier ministre lui a renouvelé sa confiance mais d’après vous, est-ce que l’incident est clos ? Y a-t-il un problème Castaner ?

Sur l’épisode de la manifestation et de l’intrusion dans l’hôpital, non. En tout cas, la polémique m’a semblé très exagérée. Christophe Castaner a parlé trop vite – en fait, il a tweeté trop vite, ce qui arrive à beaucoup de gens, mais qui est moins pardonnable quand on est ministre de l’intérieur. Mais ce que dit cette petite crise, une de plus, c’est que Christophe Castaner est imprudent et affaibli. Imprudent parce qu’il commet trop d’erreur, des excès de langage et parfois de comportement qui font un peu désordre quand on a la charge du maintien de l’ordre.

Et affaibli, parce qu’il ne serait pas autant attaqué si ses adversaires ne le sentaient pas en difficulté. Donc je dirais que Christophe Castaner est un ministre qui à force d’avoir des problèmes, peut finir par en poser un.

On se rappelle qu’au moment du remaniement, sa nomination a pris deux semaines. Avec le recul, vous diriez que le choix de Christophe Castaner était une erreur de casting ?

Ce serait injuste d’avoir un jugement aussi sévère et aussi définitif. La crise des gilets jaunes, avec toutes les violences qu’elle a provoquées, est une épreuve sans équivalent pour un ministre de l’intérieur, et on ne peut pas dire que Christophe Castaner ait tout raté. La réalité, c’est que les bons ministres de l’intérieur sont ceux qui ont un poids politique et un lien personnel avec le président. Mais c’est une condition nécessaire mais pas suffisante, puisque Gérard Collomb cochait les deux cases et il a été inexistant.

Pour lui succéder, Emmanuel Macron avait deux autres choix possibles : Jean-Yves Le Drian (qui n’était pas candidat) et Gérarld Darmanin (qui en mourait d’envie). Mais il n’avait pas assez confiance en eux pour leur confier la police et il cherchait à envoyer un signal fort à la partie gauche de sa majorité. Le problème, c’est qu’à l’arrivée, Christophe Castaner horripile la gauche, qui le trouve trop à droite ; et il déçoit Emmanuel Macron, qui le trouve trop maladroit.

Ça signifie que, pour vous, Christophe Castaner est un ministre en sursis ? 

Il aurait été en grande difficulté s’il y avait eu un incident grave hier pendant les manifestations des gilets jaunes – il n’y en pas eu, ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura plus. On sait aussi que ses opposants vont chercher à le pousser à la faute, donc il faut qu’il soit sur ses gardes. Maintenant, il est secondé par un secrétaire d’Etat, Laurent Nunes, qui lui, à l’inverse, est en train de faire ses preuves – c’est un haut-fonctionnaire qui se montre assez politique et que la hiérarchie policière trouve plus convaincant que Christophe Castaner.

Pour l’instant, Laurent Nunes ne concurrence pas son ministre, il le consolide – mais ça peut changer. Et ce qui peut changer aussi, c’est le gouvernement tout entier si à la fin du mois, Emmanuel Macron perd les élections européennes. Le 26 au soir, c’est Christophe Castaner qui annoncera les résultats. S’ils sont mauvais pour la majorité, ce sera peut-être son dernier acte de ministre de l’intérieur…